Après le formidable Pour une fraction de seconde (2024), Guy Delisle illustre le texte bref de Jean Echenoz, L’Occupation des sols, paru en 1988 : une œuvre poétique sur le seuil.

L’auteur des fameuses Chroniques birmanes (2007) et de Jérusalem (2011) s’empare du best-seller de Jean Echenoz, L’Occupation des sols. Le bédéiste reprend le texte dans son intégralité. « Je n’adapte pas, je ne propose pas une relecture, j’accompagne le texte », précise-t-il, mais dans son style si particulier, avec cet art de la légèreté pour aborder des thèmes graves, comme ici le deuil.
Dans un incendie accidentel, les Fabre, père et fils, perdent respectivement leur épouse et mère. Mais elle était aussi une icône. Preuve en est, cette immense fresque publicitaire d’elle pour un parfum, située en plein Paris. Visible depuis le quai de Valmy, les Fabre viennent s’y recueillir. Mais, comme tout, la ville, personnage essentiel, change. L’immeuble adjacent et vétuste est d’abord détruit pour laisser place à un autre plus moderne. Ensuite, le parc situé au pied de Sylvie Fabre est, dans un premier temps, laissé à l’abandon, puis devient le début d’un chantier d’immeuble qui apparait au yeux des Fabre comme une double peine !

Ces changements symbolisent le temps qui passe et la manière dont la ville peut altérer, voire effacer, nos souvenirs personnels en les faisant disparaître de l’espace public et ainsi de la mémoire collective. Au sein d’un tel bouleversement, comment faire son deuil ? Plus poétique que psychanalytique, le récit s’achève brutalement en suspension, nous laissant frustrés, alors que nous aurions tant aimé qu’il se poursuive davantage !
L’Occupation des sols – Scénario et dessin : Guy Delisle d’après Jean Echenoz – Pages : 80 – Prix : 15,90 € – Editeur : Gallimard Bande Dessinée.



