INTERVIEW. Marie-Flore : « Je chante les désespoirs, les cœurs brisés et comment une histoire peut réussir ou foirer. »

Son second album s’annonçait ironiquement « Mal barré », mais c’est plutôt bien parti pour Marie-Flore. Après « Braquage » (2019), elle enfonce le clou avec « Je sais pas si ça va », un opus porté par des cordes flamboyantes, plus pop mais qui ne manque pas de mordant et de romantisme. L’Amour, l’artiste, telle une anti-héroïne de film noir, le décortique en douze chansons et en dévoile autant de facettes. Féroce ou drôle, Marie-Flore joue sur les deux tableaux mais toujours avec sincérité. Forcément, nous sommes allés à sa rencontre pour savoir si tout allait bien, nous voilà rassurés !

Marie-Flore lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud

« Je sais qu’il est tard » est le premier titre de l’album que tu as écrit, il en a aussi été le déclencheur ?

Marie-Flore : « Clairement ! Toute la période qui a précédé l’écriture de ce titre, je me cherchais. Le jour où j’ai écrit « Je sais qu’il est tard », j’ai eu la certitude que je savais ce que je voulais dire et comment je voulais le chanter. Ça m’a rassuré pour la suite car j’avais peur de ne plus rien avoir à dire. » 

« Je sais qu’il est tard » extrait de « Je sais pas si ça va », le nouvel album de Marie-Flore

Tes chansons parlent d’amour et de sentiments, pas uniquement mais beaucoup, c’est pour toi une source d’inspiration inépuisable ?

Marie-Flore : « Oui ! Les sentiments sont multiples et leurs facettes aussi. J’adore parler de ce thème même dans la vie et partager avec mes copains nos histoires d’amour. On essaie de décrypter les comportements et de les expliquer. Je chante les désespoirs, les cœurs brisés et comment une histoire peut réussir ou foirer. Je ne me vois pas forcément changer de thème principal, mais dans l’album j’en aborde d’autres. »

Est-ce que ça veut dire que cette fois-ci tu t’es aussi inspirée de la vie des gens qui t’entourent, alors que « Braquage » était introspectif ?

Marie-Flore : « J’ai volé la vie de mes amis [rires]. « Braquage » était en effet introspectif, passionné et brutal. « Je sais pas si ça va » l’est tout autant, mais j’ai pris du recul. J’aborde des thèmes plus universels. A part « Mal barré » que j’ai voulu dansante et ironique, le disque est relié de façon intime à ma vie. »

L’ironie, tes textes n’en manquent pas, c’est un peu ta signature ?

Marie-Flore : « Oui, bien sûr ! Il faut un peu de second degré et de distance pour digérer tout ça. Cette distance, on la retrouve soit dans les arrangements et la production enjoués soit dans l’ironie que je mets dans les textes. J’aime bien qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture. L’auditeur choisit ensuite la version qui lui convient. »

Marie-Flore lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud

Dans « 20 ans », il y a des beats « dance » très 90’s qui évoquent les tubes qu’on passait en boîte de nuit à cette époque.

Marie-Flore : « Quand j’étais toute jeune et en vacances avec mes cousins, ils me traînaient en boîte ou dans les fêtes de village. Je voulais que ce titre ait l’effet d’une « Madeleine de Proust » pour tous les trentenaires et quarantenaires qui ont été bercés par ces sons. »

Cette chanson parle aussi du temps qui passe, ça t’obsède ?

Marie-Flore : « Avant d’écrire ce titre, je n’avais pas vraiment conscience que mon âge avançait. Je pensais ne pas y attacher d’importance, mais en fait si ! Je suis une femme, dans la musique… l’âge a évidemment son importance. C’est compliqué de perdurer pour une chanteuse ou une actrice. Il y a beaucoup de jeunisme et on te le fait ressentir. Mais ce problème concerne un peu tout le monde, des hommes comme des femmes. Passé 30 ans, l’âge compte. Je ne voulais pas m’apitoyer mais c’est important d’en parler. En fait personnellement, je suis très à l’aise avec mon âge, j’ai beaucoup plus de choses à dire maintenant. Cette chanson permet de relativiser, de se détacher du problème, il faut se sentir bien à tout âge ! »

« Mal barré » extrait de « Je sais pas si ça va », le nouvel album de Marie-Flore

Au début de l’album tout semble « Mal barré », mais finalement tu le clos avec « Bientôt » qui résonne comme une note d’espoir, ironique certes mais optimiste ?

Marie-Flore : « « Bientôt », c’est une fermeture d’album mais aussi une ouverture. En fait, « Bientôt », c’est une blague que je faisais souvent à une amie. Je lui disais « Bientôt », genre tu verras, moi aussi… Ce mot est plein d’espoir. »

Je sais pas si ça va, le nouvel album de Marie-Flore

Marie-Flore lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud