Les Brigands soufflent un merveilleux vent queer sur le Palais Garnier : jubilatoire !

Les Brigands (1869) d’Offenbach débarquent au Palais Garnier en détonnant merveilleusement dans leurs apparats queer, et prouvent une fois de plus que l’institution est totalement en phase avec notre époque !

Truffée de fantaisie, de blagues enfantines et d’anachronismes savoureux, cette version des Brigands, revue par Barrie Kosky (mise en scène) et Antonio Cuenca Ruiz (dramaturgie et adaptation des dialogues), ne manque pas de piquant ! Les punchlines fusent : « C’est l’histoire d’un banquier devenu président / Elle finit mal ton histoire » ou « Si tu n’as pas de Folex à 50 ans, c’est que tu as raté ta vie ». Les politiciens et autres gens dits influents en prennent pour leur grade, de même que les carabiniers, qui évoquent ici davantage les Gendarmes de Saint-Tropez que de vaillants protecteurs. Cette farce, concoctée à l’origine par Jacques Offenbach (compositeur), Henri Meilhac et Ludovic Halévy (librettistes), contenait déjà tous les ingrédients d’une critique acerbe du pouvoir. Barrie Kosky et Antonio Cuenca Ruiz l’ont parfaitement mise au goût du jour, jouant parfois la carte de l’absurde !

Coup de génie ! Ils rendent ici hommage au personnage de Divine, incarné par Harris Glenn Milstead, l’héroïne du film culte de John Waters Pink Flamingos (1972). Incarné par Le ténor néerlandais Marcel Beekman, Falsacappa en reprend merveilleusement les traits et l’attitude, embarquant dans l’aventure sa bande de gentils malfrats, qui semblent tout droit sortis d’un cabaret new-yorkais des années 1980. En résulte une ambiance queer savoureuse, jamais vulgaire. Suivie de processions, la Princesse de Grenade (parfaite Eugénie Joneau) vient compléter ce tableau haut en couleur, en prenant la forme des Ménines de Vélasquez, sous les applaudissements de la salle !

Savamment théâtralisée, cette version des Brigands, en harmonie avec la musique originelle, se révèle audacieuse, maîtrisée et jouissive de bout en bout. Ce grand spectacle fait admirablement le pont entre passé et présent, mais rappelle aussi que les artistes du XIXe siècle savaient déjà être très critiques. Une tradition bien française qui, espérons-le, ne s’essoufflera jamais !

Les Brigands de Jacques Offenbach à L’Opéra national de Paris jusqu’au 12 juillet 2025.
Tout le casting sur le site officiel : https://www.operadeparis.fr/saison-24-25/opera/les-brigands