INTERVIEW. Lonny : « La mélancolie m’a permis de créer de la beauté et de me soigner quand je n’allais pas bien. Je n’en ai pas peur. »

Elle a toujours su qu’elle choisirait la musique pour s’exprimer. Armée de sa guitare et de son premier album « Ex-Voto », Lonny se positionne sur la scène folk, foisonnante mais rarement passionnante, et s’en démarque grâce à son sens incroyable de la mélodie et la délicatesse de son écriture un brin abstraite mais poétique. Dans le genre, nous n’avions rien écouté d’aussi beau depuis « A Song is way above the lawn » le dernier disque de Karen Peris, un des meilleurs de 2021. C’est vous dire combien nous avons été touchés par les chansons feutrées et aériennes de Lonny, une artiste incroyable et nourrie aux paradoxes. Petit éclaircissement !

Lonny lors de notre rencontre ©B. Gaboriaud

Quel rapport as-tu au folk ?

Lonny : « Je suis tombée dans le folk un peu par hasard à l’adolescence. J’avais une bande de copains mélomanes qui en écoutaient. Nous nous sommes orientés vers la scène psychédélique des 70’s, The Doors et Jefferson Airplane, mais moi personnellement, j’ai eu un gros crush pour des compositions plus douces et des artistes engagés comme Joni Mitchell, Bob Dylan, Leonard Cohen ou Joan Baez, des artistes finalement assez faciles à écouter. Puis, j’ai commencé à écouter des chansons plus abstraites comme celles de Vashti Bunyan ou Judee Sill, mais j’attache une grande importance à la mélodie, au lyrisme de manière générale. J’ai commencé la musique avec le violon alto, ça vient sûrement de là. »

« Comme la fin du monde » extrait de « Ex-Voto », le premier album de Lonny

Finalement, pourquoi n’as-tu pas intégré l’alto dans ta musique ?

Lonny : «  Je n’arrivais pas à relier l’alto et le chant, à en faire quelque chose d’intéressant sans sombrer dans les clichés. Quand je me suis consacrée au chant, je me suis tournée naturellement vers le folk et donc la guitare. La guitare permet aussi une grande liberté de mouvement. Je peux chanter en même temps que je joue, ce qui est totalement impossible avec un alto. L’alto demande aussi énormément de travail, au moins deux heures par jour, sinon tu perds ton son. Mais j’ai gardé quand même le lyrisme que peut apporter cet instrument. » 

Tu n’es pas à un paradoxe près. Tu jouais de l’alto mais tu t’es mise à la guitare. Tu écrivais essentiellement en anglais mais désormais de plus en plus en français. Tu viens de la montagne mais la mer est très présente dans ton album, tu la cites souvent.

Lonny : « J’ai un copain qui m’appelle, « Le Petit paradoxe », car je suis un peu paradoxale. La mer est un paysage pour moi assez triste, mystérieux et inaccessible. Quand j’étais petite, je passais du temps à la regarder en me demandant ce qu’il pouvait bien y avoir en dessous. Ce qui m’intéresse, c’est cette surface qui abrite tout un mystère. »

Encore un autre paradoxe, cet album est empreint d’une grande solitude liée à une certaine mélancolie, alors que tu as été très entourée pour le réaliser. Cette solitude, on l’entend même dans ton pseudo, Lonny.

Lonny : « Je m’appelle Louise. Lonny, c’est effectivement un pseudo, un clin d’œil au mot anglais « alone » qui ressemble à Louise. La solide m’interpelle, me questionne et est liée à la création. J’essaie de l’apprivoiser, de la ranger du bon côté. Je tourne autour, comme pour faire un état des lieux. La mélancolie m’a permis aussi de créer de la beauté et de me soigner quand je n’allais pas bien. Je n’en ai pas peur. »

« Dans le maison des filles » extrait de « ex-Voto », le premier album de Lonny

Une chanson s’appelle « Dans la Maison des filles », forcément on veut savoir ce qu’il s’y passe. Peux-tu nous en parler ?

Lonny : « Il y a plusieurs lectures possibles. Globalement, je vois la maison des filles comme un endroit d’intimité profonde, un peu secret, comme le corps féminin. Mais, j’ai aussi vidé des maisons de gens décédés, des maisons de femmes, le hasard de la vie a fait que je me suis retrouvée là. Cette chanson a peut-être aussi un rapport avec la mort, aux objets, à ce qu’il reste des personnes disparues. Mes textes sont un peu abstraits. J’écris de manière automatique. Les mots viennent se poser sur les mélodies. C’est parfois une énigme pour moi aussi. Chacun peut se faire son histoire. C’est ma façon à moi d’apprécier la poésie. J’aime bien aussi avoir un regard extérieur. J’ai beaucoup fait lire mes textes à Baptiste W. Hamon pour avoir son avis. Henri Rouillier, un journaliste de L’Obs dont j’adore l’écriture, m’a aussi un peu aidée. »

Tu as fait une tournée au Québec pour y défendre ton précédent Ep. Il reste des traces de ton passage sur cette terre ?

Lonny lors de notre rencontre ©B. Gaboriaud

Lonny : « J’ai tourné un peu au Québec avec mon Ep et l’album en est imprégné. Beaucoup d’artistes que j’aime viennent du Canada comme Arcade Fire, Feist, Leonard Cohen et Neil Young. En faisant cette tournée, je me suis rendue compte que les gens étaient très ouverts d’esprit dans ce pays. » 

Lonny sera en concert à La Cigale, à Paris, le 27 septembre 2022, et avant en tournée en France.

Ex-Volo, le premier album de Lonny