INTERVIEW. Pierre de Maere : « A 18 ans, je suis tombé amoureux. Je me suis dit alors qu’écrire une chanson était plus séduisant. »

Il nous vient de Walhain, un petit village de Belgique, mais bouscule la scène française à coup de roulement de r. Un brin rétro mais stylé, Pierre de Maere s’imagine en star ! La tête aussi bien sur les épaules que dans les étoiles, le vingtenaire en la carrure. Percutant et teinté d’humour, son premier Ep « Un jour, je » pourrait bien lui permettre de réaliser son rêve. Inspiré par Maupassant et sa chatte Lolita, ses chansons ne manquent pas d’audace et de fantaisie. Nous sommes partis à sa rencontre !

Pierre de Maere © Gabrielle Riouah

Ta façon singulière de chanter évoque aussi bien les artistes des années 40 que le punk britannique. Tu roules les r sans complexe et comme personne, d’où te vient cela ?

Pierre de Maere : « Mes références musicales sont très éclectiques. Jusqu’à mes 15 ans, j’ai été bercé par la pop mainstream qui passait à la radio. Je n’en ai pas honte mais à partir de mes 16 ans, j’ai commencé à accorder un peu de crédit à ce que disaient mes parents. Je me suis rendu compte que ce qu’écoutait ma mère n’était pas si mauvais [rires]. J’ai redécouvert ainsi Daniel Balavoine, France Gall, Michel Polnareff ou Françoise Hardy. Mon père m’a fait, lui, découvrir Bowie, Pink Floyd et Supertramp qui est devenu mon groupe préféré. Mon frère, qui est ingénieur du son, m’a lui fait découvrir des groupes parisiens indés vraiment cool ! Et puis évidemment, Stromae a bercé mon enfance. J’ai envie de croire que ma musique est un mélange hybride de tout cela. Je voulais, pour mes morceaux, une prod chic et travaillée mais accessible. Stromae et Billie Eilish sont des parfaits exemples de cette réussite. »

« Un jour je marierai un ange » extrait de « Un jour, je », le nouvel Ep de Pierre de Maere

Et le roulement des r ?

Pierre de Maere : « J’ai un côté rétro c’est certain. J’ai tendance à penser que tout était plus beau à une autre époque. J’adore les costumes croisés avec des pantalons évasés et les voitures des années 70. Par contre, je ne tiens pas à juste plagier une époque, je veux aussi apporter ma touche personnelle. Le roulement des r, ce n’est pas réfléchi, c’est naturel chez moi, mais je l’ai conservé dans un souci esthétique. C’est clivant mais pour le moment ça ne m’a jamais été reproché par des proches. »

« Regrets » extrait de « Un jour, je », le nouvel Ep de Pierre de Maere

Tes influences sont donc variées, jusque dans l’écriture ! Pour la chanson « Regrets » tu t’es inspiré d’une nouvelle de Maupassant et pour « Lolita », non pas du roman de Vladimir Nabokov ou du film de Stanley Kubrick, mais de ta chatte.

Pierre de Maere : « Ça fait un peu intello mais en fait cette nouvelle de Maupassant est au programme de la rhétorique, l’équivalent du baccalauréat en France. Pour résumer « Regret », c’est l’histoire de deux personnes qui se sont aimés très fort sans jamais vraiment se l’avouer et qui s’en rendent compte beaucoup trop tard, à la fin de leurs vies. L’homme, comme il était d’usage à l’époque, ne lui avait jamais déclaré sa flamme avant. C’est affreux ! Ils réalisent qu’ils sont passés à côté de leurs vies. C’est très intense, très prenant. Cette lecture m’a inspiré des paroles totalement incompréhensibles. Il y a mille couches de lectures possibles. Cette chanson laisse libre cours à l’imagination, j’aime bien ça ! C’est ma façon d’écrire et de rêver ! L’Ep s’appelle « Un jour, je » et ne fait pas référence à ce que j’ai vécu à Walhain, parce que je n’y ai rien vécu, mais à ce que je vais vivre ces cinq prochaines années à Paris : « Un jour je serai une super star », « Un jour je marierai un ange ». En vrai, j’ai aimé ma vie à Walhain durant la période où j’y ai vécu, de mes 8 ans à aujourd’hui environ. C’était calme, paisible et même assez joli. Je m’y suis un peu ennuyé mais à cet ennui, je lui dois mon envie de créer. Le seul problème, c’est que la gare la plus proche était à une heure à pied. L’idéal serait de partager mon temps entre Paris et Walhain. Un parfait équilibre entre le repos et l’excitation. »

Et « Lolita » ?

Pierre de Maere : « C’est un peu une blague, c’est une chanson comique. Ma chatte est très timide et sauvage. Je m’imaginais lui parler, lui faire des reproches : « Et ma peine est immense. Quand tu fais chambre à part. Et ne pense pas, que je n′vois pas. Comme tes plaies sont béantes, et tes sourires sont si rares. ». Evidemment, les gens pensent que je parle à une fille ou à un garçon, c’est fait pour. »

Pierre de Maere lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud

Tu attaches une grande importance à l’image, à la mode ! Quel est ton rapport au style ?

Pierre de Maere : « J’ai un rapport à l’image qui est hyper fort. J’ai commencé à faire de la musique vers 10 ans, je faisais du yaourt. Je chantais dans un anglais très approximatif. Je composais sur GarageBand avec un iPod touch. Vers 14 ans, je me suis intéressé à la photographie et la photographie de mode plus particulièrement. J’ai commencé à réaliser des portraits de ma soeur, puis d’amis à elle. Finalement, je me suis tourné vers une agence de mannequins. Quand tu les photographies, t’es obligé de faire attention à ce qu’elles portent. C’est comme ça que la mode est entrée dans « ma vision artistique des choses ». Je m’y suis consacré jusqu’à mes 18 ans. Période durant laquelle, j’ai mis la musique de côté. A ce moment là, je me voyais photographe de mode mais finalement je suis tombé amoureux pour la première fois. Je me suis dit alors qu’écrire une chanson était plus séduisant. J’ai écrit donc « Judas » mais en anglais. Je l’ai enregistrée et faite mixer au studio de mon frère de façon pro cette fois-ci. Le morceau est diffusé sur les plateformes mais les retours sont unanimes : mon anglais est très mauvais [rires]. Du coup, je me suis dit qu’il valait mieux écrire en français. J’ai donc écrit « Potins Absurdes ». J’ai eu un déclic ! Le français pourrait me permettre de livrer une version fantasmagorique de moi-même. L’image est devenue très importante. Et puis, n’ayant jamais eu de notions de solfège, je me suis dit que si la musique était trop pauvre, je pourrais toujours l’emballer dans un joli packaging. Au final, j’accorde autant d’importance à la musique qu’à l’image. Pour le clip de « Regrets », je me suis laissé guider car c’était mon premier clip dans l’industrie musicale, mais pour les suivants, « Menteur » et « Un jour je marierai un ange », je suis allé moi-même choisir les vêtements en boutique. Plus ça va, plus je tiens à m’investir totalement. »

« Menteur » extrait de « Un jour, je », le nouvel Ep de Pierre de Maere

Une jour, je, le nouvel Ep de Pierre de Maere