Le Swan Lake queer de Matthew Bourne célèbre ses 30 ans à la Seine Musicale

Présenté pour la première fois en 1995 au Sadler’s Wells, à Londres, la relecture queer du Lac des cygnes transposée à la cour d’Angleterre par Sir Matthew Bourne revient à la Seine musicale après un succès planétaire !

Dix tournées mondiales, deux cents représentations, deux millions de spectateurs… Le Swan Lake de Matthew Bourne a connu un triomphe public et a également été salué par la critique internationale. Mais trente ans après sa création outre-Manche, cette version, jadis audacieuse et devenue iconique, l’est-elle toujours aujourd’hui ?

MATTHEW BOURNE’S SWAN LAKE. James Lovell (The Prince), Harrison Dowzell (The Swan) and Company. Photo Johan Persson

Dans cette adaptation britannique du chef-d’œuvre de Tchaïkovski, les cygnes sont devenus des hommes séduisants, aux torses nus et sculpturaux, vêtus d’un pantalon bouffant orné de plumes. Le prince Siegfried tombe sous le charme de leur leader, après avoir été déçu par sa petite amie délurée, source de gags savoureux. Mais, riche de tous les ingrédients du thriller, désir, trahison, domination, pouvoir et tentation, la ballet évolue inexorablement vers la tragédie.

MATTHEW BOURNE’S SWAN LAKE. James Lovell (The Prince), and Company. Photo Johan Persson

Transgressif dans les années 1990, ce Swan Lake est, il faut bien l’avouer, devenu un brin convenu, mais pas déplaisant. Si certains tableaux sont un peu fouillis car chargés et quelques corps de ballet un peu lourds, le show — malheureusement produit sur une musique enregistrée — parvient malgré tout à prendre son envol, porté par l’énergie et la virtuosité de ses interprètes principaux : James Lovell/Stephen Murray en prince et Harrison Dowzell/Jackson Fisch en cygne mâle, tous remarquables.

MATTHEW BOURNE’S SWAN LAKE. Jackson Fisch (The Swan), Stephen Murray (The Prince) and Company. Photo Johan Persson

Les lumières et les décors, semblant parfois sortir de l’univers de Tim Burton, sont à la hauteur de cette grande production. Evoluant de la cour de la reine à un bar interlope, en passant par l’opéra, le premier acte bénéficie d’un rythme enthousiasmant, mais le deuxièmes et troisièmes actes, un peu répétitifs, souffrent de quelques longueurs. Le final flamboyant, truffé d’images marquantes, parvient à faire oublier les défauts de ce spectacle grand public. Un peu timide sur le thème de l’homosexualité malgré une posture osé et sans équivoque des deux protagonistes, ce Swan Lake reste toutefois dans l’air du temps.

MATTHEW BOURNE’S SWAN LAKE. Nicole Kabera (The Queen), James Lovell (The Private Secretary), Bryony Wood (The Girlfriend) and Company. Photo Johan Persson

Swann Lake, à La Seine musicale, à Boulogne (92), jusqu’au 26 octobre 2025.