Focus sur trois œuvres de L’Empire du sommeil

Loin de nous faire bâiller, le musée Marmottan Monet dévoile son captivant Empire du sommeil, qui réunit autour de rêves et de chimères Cocteau, Delacroix, Ingres, Monet, Much, Sorolla ou Vallotton : un enchantement !

Félix Vallotton (1865-1925). Femme nue assise dans un fauteuil, 1897. Huile sur carton marouflé sur contre-plaqué. 28 x 27,5 cm. Grenoble, musée de Grenoble © Musée de Grenoble – J.L Lacroix

De l’innocence aux visions bibliques, de l’éros au repos éternel, cette exposition invite à explorer la dimension symbolique et allégorique du sommeil, à travers un corpus de tableaux du XIXe et du début du XXe siècle, mis en résonance avec des œuvres s’étendant de l’Antiquité à notre époque. Trois d’entre eux ont particulièrement retenu notre attention. 

Nuit et Sommeil d’Evelyn De Morgan (1855-1919), 1878

Evelyn De Morgan (1855-1919). Nuit et Sommeil [Night and Sleep], 1878. Huile sur toile. 108,8 x 157,8 cm. Barnsley, De Morgan Foundation © Trustees of the De Morgan Foundation

Peintre préraphaélite britannique, Evelyn De Morgan a principalement réalisé des œuvres allégoriques et symbolistes. Marquée par ses nombreux voyages en Italie, l’artiste s’est inspirée pour ce tableau de La Naissance de Vénus de Botticelli, notamment des roses virevoltant dans les airs. Ici, assombrissant le ciel sur leur passage, les personnages de la Nuit et du Sommeil répandent des fleurs de pavots roses, censées favoriser l’endormissement.

Madre de Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923), 1900

Joaquin Sorolla y Bastida (1863-1923). Mère (Madre), vers 1900. Huile sur toile. 125 x 169 cm Madrid, Museo Sorolla © Museo Sorolla, Madrid

Madre se distingue par une composition moderne pour l’époque, tout en portant l’influence du naturaliste Jules Bastien-Lepage, que Sorolla rencontre à Paris en 1885. Le peintre représente souvent ses proches. Ici, son épouse et sa fille cadette, née le 12 juillet 1895, sont emmitouflées dans une couverture blanche et immense, qui recouvre la moitié du tableau. Il s’en dégage une douceur palpable et réconfortante.

Le rêve du poète de John Faed (1819-1902), 1881-1882

Le Rêve du poète, 1881 – 1882. Huile sur toile. 104,7 x 142,9 cm. Edimbourg, Royal Scottish Academy of Art & Architecture Collections (RSA) © RSA Collections, Edinburgh

Un brin kitsch, ce tableau représente le rêve créateur du poète. Les personnages, semblant tout droit sortis de l’Antiquité, se dessinent à l’horizon selon son imagination, parmi les nuages : sources de rêverie. Ils forment une vision à la fois violente et érotique, presque divine. John Faed a partagé sa vie entre Édimbourg, Londres et son village natal, Gatehouse of Fleet, où il s’est définitivement installé en 1880. Outre cette fantaisie teintée de lyrisme, il est principalement connu pour ses scènes d’histoire écossaise et ses peintures narratives inspirées par les écrits de Walter Scott, Robert Burns et Shakespeare.

Exposition L’Empire du sommeil, à voir au musée Marmottan Monet, à Paris, jusqu’au 1er mars 2026.