Pourquoi voir Carmen encore aujourd’hui ?

La sulfureuse et libre Carmen de Calixto Bieito fait son retour à l’Opéra de Paris, incarnée par la mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac, et fait malheureusement toujours écho à l’actualité.

Carmen © Benoite Fanton / Opéra national de Paris

Présentée pour la première fois en 1875 au Théâtre National de l’Opéra-Comique, à Paris, Carmen n’en reste pas moins, et malheureusement, dans l’air du temps ! En 2024, le ministère de l’Intérieur faisait état de 107 féminicides conjugaux. C’est précisément de ce sujet que traite cette œuvre en quatre actes, signée Georges Bizet, sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. La transposer à notre époque semblait alors une évidence. Le metteur en scène de théâtre et d’opéra espagnol, Calixto Bieito, aux choix esthétiques et politiques souvent controversés, a eu ce cran en 1999, en replaçant le récit dans l’Espagne de la fin du XXᵉ siècle. L’œuvre n’est entrée au répertoire de l’institution qu’en mars 2017, mais elle a depuis été reprise régulièrement, en 2019, en 2022, et donc en 2026 pour 13 représentations, soit une soixantaine au total.

Carmen © Benoite Fanton / Opéra national de Paris

À sa naissance, cette gitane au tempérament de feu fit scandale, choquant public et presse par ce « dévergondage castillan ». Ici, point de folklore andalou, ni de décors de carte postale, d’ailleurs il n’y en  a pas, tout au plus une cabine téléphonique, un immense taureau Osborne et un mât de drapeau espagnol. Ce dernier sert aussi de décoration de sapin de Noël, de serviette de plage, et est brandi par les soldats avec fierté, comme symbole d’une nation contemporaine, virile et militarisée, mais saturée de violence latente. Bieito y oppose une bande de gitans en Mercedes, un brin clichée. Parmi eux, Carmen qui retire avec assurance sa culotte avant de chevaucher Don José, donnant ainsi le ton !

Carmen © Benoite Fanton / Opéra national de Paris

Cette Carmen ne minode pas. Elle s’inscrit dans une réalité âpre. Un jeune homme s’y dénude entièrement avant de toréer dans le vide, au clair de lune. Il en résulte un opéra cru, à l’image de la lumière du final, durant lequel l’héroïne et Don José (parfait Russell Thomas) se confrontent au milieu d’un terrain vague. Cette scène épurée et poignante s’inscrit paradoxalement dans la tragédie antique. Le jeu parfois trop classique des acteurs détonne avec l’ambition contemporaine de Bieito, mais le metteur en scène atteint sa cible : faire de cette figure légendaire, le porte-drapeau contre les violences faites aux femmes aujourd’hui.

Carmen mis en scène par Calixto Bieito à l’Opéra Bastille, jusqu’au 19 mars 2026.
Tout le casting à découvrir sur le site officiel : https://www.operadeparis.fr/saison-25-26/opera/carmen