« J’ai attrapĂ© un coup d’soleil / Un coup d’amour, un coup d’je t’aime / J’sais pas comment, faut qu’j’me rappelle », chantait Richard Cocciante en 1980. Tout pareil, mais nous, nous savons comment : en allant voir l’exposition Martin Parr – Global Warning au Jeu de Paume Ă Paris !

Des coups de soleil colorés, les clichés de Martin Parr (1952-2025) n’en manquent pas. Et pour cause : le photographe britannique a consacré une large part de sa carrière à immortaliser, avec son objectif, le tourisme de masse. Sur ses plages bondées, point de coquillages et crustacés, mais un homme endormi la bouche ouverte, une femme au teint cramé, une autre tenant une cigarette à la main aux ongles incandescents. C’est tout ce petit monde que le Jeu de Paume met en lumière à travers plusieurs séries de l’artiste, réalisées de 1970 à nos jours.

Durant cette période, Martin Parr n’a cessé, sans militantisme, de capturer les dérives de nos modes de vie, principalement liées aux loisirs, se révélant ici totalement absurdes. Et ce, aux quatre coins du globe, jusqu’à chez nous, où l’on voit des touristes entassées derrière une grille sur les hauteurs de Notre-Dame, comme emprisonnées, ou encore une horde de téléphones portables braqués sur la Joconde. Ironie du sort, le phénomène se répète ici — dans une moindre mesure — le long de ce parcours aux cimaises et aux murs roses bonbon, qui sied parfaitement aux teintes acidulées et aux propos acides mais savoureux, des clichés présentés.

Réunissant quelque 180 œuvres retraçant plus de cinquante ans de production, de ses débuts en noir et blanc à des travaux plus récents, l’exposition se déploie en cinq chapitres et traite principalement de la société de consommation excessive et ludique, du supermarché populaire anglais au salon de vente d’armes dans les pays du Golfe. « Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien le lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit — je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir », disait Martin Parr en 2021. Et cette ironique et fascinante piqûre de rappel nous offre un recul plus que nécessaire.
Martin Parr – Global Warning au Jeu de Paume, Ă Paris, jusqu’au 24 mai 2026.
