Le retour flamboyant et queer de The Rake’s Progress, à l’Opéra Garnier !

L’Opéra de Paris célèbre à merveille la diversité avec The Rake’s Progress. Dans cette mise en scène flamboyante et queer, signée Olivier Py, de l’opéra d’Igor Stravinsky, il y a autant de paillettes, d’hommes nus et de femmes légèrement vêtues de plumes que dans un concert de Madonna ou un tableau de l’ancien Lido. Une audace salutaire qui a du sens !

The Rake’s Progress, la bande annonce

Tout d’abord, un peu d’histoire ! Rappelons qu’Igor Stravinsky a écrit The Rake’s Progress en s’inspirant d’une série de gravures moralistes du peintre William Hogarth. Ainsi, l’opéra retrace la déchéance de Tom Rakewell (Ben Bliss) entraîné dans une vie de débauche par son serviteur diabolique Nick Shadow (Iain Paterson), et tiraillé entre son amour pour la pure Ann Trulove (Golda Schultz) et la femme à barbe Baba la Turque (l’extraordinaire et charismatique Jamie Barton). Olivier Py a replacé cette histoire à notre époque, pour la première fois en 2008. Mais, elle n’avait été reprise, jusqu’à présent, qu’une seule fois en 2013. C’est donc avec un grand plaisir qu’on la retrouve dans le magnifique écrin du Palais Garnier, où elle prend toute sa dimension !

The Rake’s Progress 24-25 © Guergana Damianova – OnP

Convoquant aussi bien l’univers du cabaret que celui du cirque et de la pop culture, ce The Rake’s Progress ne manque pas de piquant, mais aussi d’émotion et de poésie. Le tableau le plus sulfureux évoque le music hall Chicago, celui dans lequel Tom Rakewell est embarqué par son redoutable acolyte dans une nuit de débauche : une orgie esthétique et magnifiquement scénographiée, dans laquelle les corps se mêlent à l’unisson dans un plaisir charnel commun, et non genré !  

The Rake’s Progress 24-25 © Guergana Damianova – OnP

Au-delà de l’aspect sexy, abordé avec élégance par Olivier Py, The Rake’s Progress est surtout une fable diabolique mais touchante, sur un homme tiraillé entre l’argent et l’amour, le vice et l’amour, la gloire et l’amour… et dont l’intention est révélée par les protagonistes lors de l’épilogue ! De facture néo-classique et empruntant aux codes du XVIIIe siècle, l’œuvre n’est pas la plus éblouissante sur le plan musical du compositeur du Sacre du printemps, mais le livret de Wystan Hugh Auden et Chester Kallman est prenant. Il est ici magnifié et modernisé avec audace et talent par Olivier Py, qui remplit tous les espaces de paillettes ou de néons et qui joue subtilement avec des mises en abyme inventives. Finalement, avec son casting british, ce The Rake’s Progress se révèle être un show amazing et so pop. Une réussite totale !

The Rake’s Progress 24-25 © Guergana Damianova – OnP

The Rake’s Progress à l’Opéra de Paris, jusqu’au 23 décembre 2024. Musique : Igor Stravinsky. Livret : Wystan Hugh Auden et Chester Kallman. Direction musicale : Susanna Mälkki. Mise en scène et lumières : Olivier Py.