Le pacte de Tobias Kratzer avec Faust : une ode à la modernité !

Le Covid-19 n’aura pas eu raison du Faust de Tobias Kratzer. Cinq ans après ses premières représentations écourtées, il revient prendre la Bastille, délesté de mièvrerie pour laisser cette tragédie flamboyante s’épanouir totalement ! 

Personnage mythique porté au théâtre la première fois par Johann Wolfgang von Goethe en 1808 et 1832, puis sur la scène du théâtre Lyrique par Charles Gounod en 1859, Faust investit pour la énième fois l’Opéra Bastille, mais pour le meilleur ! Tobias Kratzer y dépoussière la version du compositeur français avec audace et surtout du sens. Scènes dans une boîte de nuit (subtilement ralentie et en osmose avec la partition), sur un terrain de basket ou dans le métro… Jamais les idées du metteur en scène allemand de 44 ans ne viennent heurter l’œuvre originelle. Au contraire, elles révèlent le fort potentiel émotionnel de cette tragédie grandiose, hissant Marguerite, victime de la folie des hommes, en héroïne contemporaine bouleversante. 

Faust © Franck Ferville

Au réveil, après une nuit passée avec une prostituée qu’on découvre seins nus dans son grand appartement, Faust réalise que seul son argent intéresse les femmes qu’il fréquente. Alors, pour conquérir à nouveau leurs cœurs, il vend son âme au diable contre la jeunesse ici-bas ! Mais à quel prix ? Celui de Marguerite. Le livret de Carré et Barbier insiste davantage sur la chute et la rédemption de ce personnage que sur la dimension métaphysique du héros, mais cela n’a pas empêché l’œuvre de faire la renommée de Gounod, alors quasi inconnu le jour de la première. Elle est même devenue un monument national et au-delà ! En 1963, La Castafiore chante le fameux Air des bijoux, dans l’album de Tintin Les Bijoux de la Castafiore, signé Hergé.

Faust © Franck Ferville

En replaçant l’histoire dans un Paris contemporain et en lui insufflant plus de réalisme, grâce à une utilisation de la vidéo pertinente, Tobias Kratzer balaie un maximum de sensiblerie pour n’en garder que l’émotion brute. Une démarche soutenue par l’orchestration pleine de caractère d’Emmanuel Villaume. Ensemble, ils orientent le récit vers les tourments actuels de la jeunesse !

Faust © Franck Ferville

D’une noirceur assumée, la mise en scène de Tobias Kratzer évoque à un moment West Side Story, mais ne manque pas de fantaisie et d’humour. Ainsi, Méphistophélès enflamme Notre-Dame, Marguerite découvre les cornes de Satan sur le fœtus de son enfant lors d’une échographie, et Faust s’envole dans les airs tel un Superman gauche ! Un équilibre savamment dosé !

Faust à l’Opera Bastille jusqu’au au 18 octobre 2024.
Le casting et plus d’informations sur le site officiel : https://www.operadeparis.fr/saison-24-25/opera/faust