Caillebotte et les hommes au musée d’Orsay, une histoire troublante en trois œuvres

Pour commémorer le 130ᵉ anniversaire de la mort de Gustave Caillebotte (1848-1894), le musée d’Orsay consacre une large exposition dédiée au regard que portait l’artiste sur les hommes, parfois troublant. Incontournable !

Vue de l’exposition Caillebotte. Peindre les hommes au musée d’Orsay © Benoit Gaboriaud

Figure emblématique du mouvement impressionniste, mais aussi peintre réaliste, Gustave Caillebotte s’est distingué de ses contemporains en peignant principalement les hommes, au travail, dans leur intimité, en costume sur un pont ou au balcon… des espaces dans lesquels ils semblent parfois empreints d’une grande mélancolie qui n’est pas sans rappeler celle d’Edward Hopper (1882-1967) ! Mais, toute leur puissance et leur sensualité se révèlent dans des scènes de canotage qui célèbrent la force physique et l’effort collectif. À cette époque, le sport au grand air était vu comme un antidote aux maux et vices supposément dévirilisants de la société urbaine et industrielle. Au milieu de tous ces hommes : une femme Nu au divan (vers 1880), le seul nu féminin de l’artiste ! Cet accrochage dévoile un grand nombre de chefs-d’œuvre dont beaucoup viennent des États-Unis, à l’instar de Homme au bain (1884), Le Pont de l’Europe (1877), Rue de Paris, temps de pluie (1877) ou Jeune homme à sa fenêtre (1876). Nous nous sommes attardés sur trois d’entre eux !

Le Pont de l’Europe, vers 1877

Gustave Caillebotte (1848 – 1894) Le Pont de l’Europe . Vers 1877 . Huile sur toile . 105,7 × 130,8 cm . Fort Worth, Texas, Kimbell Art. Museum, AP 1982.01 . Photo : Robert LaPrelle 

Tout dans ce tableau contrevient aux conventions de la peinture de l’époque. Le récit se situe hors cadre, en contrebas, caché par des poutres métalliques aux motifs géométriques surprenants. Les personnages sont de dos, visages invisibles. Que regardent-ils ? L’animation quotidienne des trains rentrant ou sortant de la gare Saint-Lazarre, ou un incident particulier ! À chacun de se raconter son histoire !

Homme au bain, 1884

Gustave Caillebotte (1848 – 1894)  Homme au bain , 1884 . Huile sur toile . 144,8 × 114,3 cm. Boston, Museum of Fine Arts, Museum purchase with funds by exchange from an anonymous gift, Bequest of William A. Coolige, Juliana Cheney Edwards Collection, and from the Charles H. Bayley Picture and Painting Fund, Mary S. and Edward J. Holmes Fund, Fanny P. Mason Fund in memory of Alice Thevin, Arthur Gordon Tompkins Fund, Gift of Mrs. Samuel Parkman Oliver – Eliza R. Oliver Fund, Sophie F. Friedman Fund, Robert M. Rosenberg Family Fund, and funds donated in honor of George T. M. Shackelford, Chair, Art of Europe, and Arthur K. Solomon Curator of Modern Art 1996-2011, 2011.231. Photo © 2024 Museum of Fine Arts, Boston 

Aucun doute ! Dans ce tableau novateur, Caillebotte montre la nudité masculine dans sa plus simple expression, sans les artifices mythologiques ou héroïques de la peinture d’Histoire ! Le corps est ici le sujet à part entière. Collectionneur de scènes de femmes à leur toilette signées Degas, l’artiste a certainement voulu lui apporter une réponse virile et un brin érotique, lui qui fréquentait assidûment les yachtmen.

Canotiers ramant sur l’Yerres, 1877

Gustave Caillebotte (1848 – 1894), Canotiers [Canotiers ramant sur l’Yerres], 1877 . Huile sur toile, 80,5 × 116,5 cm . Collection particulière. Bridgeman Images 

Dans cette toile au cadrage remarquable, Caillebotte célèbre le sport et la détente, soit la vie dite « saine », mais en même temps, il saisit et choisit de mettre l’accent sur les muscles des canotiers se contractant au rythme de leurs mouvements synchronisés, en cachant les visages. En résulte une force et une énergie palpable !

Exposition Caillebotte. Peindre les hommes au musée d’Orsay jusqu’au 19 janvier 2024.

Pour en savoir plus sur l’exposition et notamment la magnifique dernière salle, découvrez notre balade photographique ci-dessous, bonne visite !