Conçue par le Centre Pompidou-Metz en 2023, puis présentée au Musée d’arts de Nantes et au Museu Nacional d’Art de Catalunya à Barcelone en 2024, la rétrospective Suzanne Valadon, enrichie de nouveaux prêts et augmentée d’archives inédites, arrive enfin à Paris, où l’artiste n’avait pas bénéficié de monographie importante depuis celle organisée par le Musée national d’art moderne, en 1967. Justice lui est enfin faite !

Singulière, Suzanne Valadon, née Marie Clémentine Valadon, l’était en tout point, autant la femme que l’artiste souvent sous-estimée. Mère de Maurice Utrillo, elle fut pourtant, comme le montre ce parcours thématique et fascinant, une figure essentielle de la naissance de la modernité artistique et une coloriste hors pair. En marge des modes, elle se détache du cubisme et de l’art abstrait alors en vogue en son temps, pour peindre le réel, et notamment des corps féminins comme masculins, jeunes ou vieux, sans artifice ni voyeurisme ! « Je peins les gens pour apprendre à les connaître », disait-elle ! Et, pour mieux saisir son œuvre, nous nous sommes arrêtés sur deux d’entre elles, bien plus innovantes qu’il n’y paraît au premier coup d’œil.

La Joie de vivre, 1911 – The Metropolitan Museum of Art, New York

Après Puvis de Chavanne, Degas, Cézanne ou encore Matisse, à qui elle emprunte le titre de son œuvre, Suzanne Valadon s’empare à merveille du thème des baigneuses dans un cadre bucolique, mais y ajoute une figure masculine nue, celle de son amant André Utter. Celui-ci apparaît aux yeux du visiteur tel un voyeur, mais de ce fait, l’artiste interroge son rôle par rapport à celui du spectateur.
Le lancement du filet, 1914 – Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – En dépôt au Musée des Beaux-Arts de Nancy

Encore une fois, Suzanne Valadon détourne un classique du nu académique, la figure du lanceur de filet, pour sublimer son amant André Utter, en le représentant trois fois sur la toile nu, et en soulignant ses courbes athlétiques dans des couleurs chaudes. S’en dégage une atmosphère sensuelle assumée, mais pour présenter cette œuvre sulfureuse au Salon des Indépendants de 1914, l’artiste aurait masqué, à l’aide du filet, le sexe présent sur les esquisses. Ce tableau reste malgré tout un des rares qui représente de manière aussi explicite le désir féminin pour un corps masculin. Audacieux !

Exposition Suzanne Valadon au Centre Pompidou, Paris, jusqu’au 26 mai 2025.
Pour en savoir plus sur l’exposition, découvrez notre balade photographique ci-dessous, bonne visite !























