Venue de l’album jeunesse, Laurie Agusti signe Rouge signal, un roman graphique sur la radicalisation d’un jeune homme solitaire vers le masculinisme. Un ouvrage glaçant qui retentit, telle une sonnette d’alarme.

Dans Rouge signal, Laurie Agusti mène en parallèle deux histoires diamétralement opposées. D’un côté, un groupe de jeunes femmes soudées dans un nail bar, partageant rires et confidences. De l’autre, Alexandre, un jeune homme solitaire, maladroit avec les femmes et travaillant dans un univers masculin toxique. De ce fait, il voit en sa nouvelle collègue une ennemie, mais il trouve rapidement du réconfort et du soutien auprès d’un « gourou » faisant l’apologie de théories complotistes et masculinistes, rencontré lors d’afterworks virils. Celui-ci nourrit chez Alexandre une haine grandissante des femmes, renforcée chaque soir par les contenus des réseaux sociaux qu’il consomme frénétiquement… Jusqu’au moment où l’autrice nous laisse entrevoir qu’il habite juste en face du salon de beauté : une révélation qui inaugure un mauvais présage.

Très bavard, presque documentaire, mais parfois flirtant avec l’abstraction, le découpage rigoureux et tranchant de Laurie Agusti sert à merveille un scénario millimétré et un propos aussi alarmant que réaliste : celui de la radicalisation d’un homme qui voient en les femmes la cause de son mal-être. Porté par une force graphique à la fois belle et implacable, Rouge signal fait froid dans le dos et mets en lumière un phénomène de société en expansion, particulièrement préoccupant.
Rouge signal – Scénario et dessin : Laurie Agusti – Pages : 200 – Prix : 28€ – Editeur : 2042.



