Au Théâtre du Châtelet, Bertrand de Roffignac incarne Peer Gynt avec fougue et intensité, dans une nouvelle mise en scène déjantée, signée Olivier Py !

Imaginé par Henrik Ibsen en 1866 et désormais symbole d’unité nationale en Norvège, Peer Gynt investit le Théâtre du Châtelet dans sa sublime version musicale, composée par Edvard Grieg, puis corrigée par Olivier Py, le directeur des lieux. Ce dernier s’est autorisé quelques libertés et anachronismes bienvenus, parfois un brin queer ou en écho au mouvement #metoo.

Pas loin d’être un Don Juan, ici particulièrement séduisant, Peer Gynt conquiert le cœur des femmes sans penser à demain… pour le fun ! Mais, ses conquêtes le mettent dans de sacrés pétrins et le poussent à fuir sa mère qui le prend pour un vaurien, puis sa véritable amoureuse, qui a promis de l’attendre… le jour et la nuit… en vain. L’homme est parti à l’aventure au royaume des trolls puis en Afrique du Nord faire fortune, mais il finira déplumé et échouera sur une île sans le sous. Mais qu’à cela ne tienne, il se fait prophète. Imprégnée de contes folkloriques, la version originale d’Henrik Ibsen ne manquait pas de fantaisie, voire de folie. Olivier Py en rajoute juste ce qu’il faut pour la moderniser, ici quelques paillettes, là une combinaison en latex.

Mais au fond, que veut Peer Gynt ? Fuir la normativité et cette société qui l’étouffe. Le prix à payer : délaisser sa mère, qu’il retrouvera à la fin de ses jours pour l’accompagner vers la mort. Scène particulièrement poignante. Magistral, aussi bien en slip que bavant, Bertrand de Roffignac incarne Peer Gynt avec fougue et intensité, et apporte en plus au personnage ce qu’il faut de charme pour le rendre parfaitement séduisant, malgré ses écarts. Entre classicisme et modernité, son jeu puissant, parfois excessif, fascine de bout en bout. Mémorable !
Peer Gynt de Henrik Ibsen, mis en scène par Olivier Py et avec Bertrand de Roffignac, au Théâtre du Châtelet jusqu’au 16 mars 2025.
