« On apprend de ses erreurs », pensait le philosophe Gaston Bachelard. Cette maxime semble pourtant ne pas s’appliquer à l’Histoire, ni à notre époque. Comme une piqûre de rappel, La Muette de Valérie Villieu et Simon Géliot tombe à point nommé.

Il ne s’agit pas de comparer les horreurs de l’histoire, mais bien de toutes les éviter. Pour cela, chaque responsable politique devrait lire attentivement cette œuvre poignante de Valérie Villieu (scénario) et Simon Géliot (dessin), qui nous plonge dans l’une des périodes les plus sombres de l’humanité : au camp de Drancy, entre 1941 et 1944.

Le 20 août 1941, la police française se prépare à arrêter 5 000 habitants du 11e arrondissement de Paris, tous de confession juive. Quelques jours plus tard, 4 230 hommes sont internés dans la cité de La Muette à Drancy, dans des conditions inhumaines, orchestrées par des sadiques et des assassins, allemands comme français. Durant trois années, 67 000 hommes, femmes et enfants en partance pour les camps de la mort y seront humiliés, parfois torturés.

Parmi eux : Béno, Nissim, Jean, Chil, Chana… sur lesquels les auteurs braquent leur projecteur, pour rappeler qu’un chiffre n’est pas juste qu’un chiffre. Il représente des individus – bourgeois ou ouvriers, venus de tous horizons – qui vivaient à l’image du reste de la population. Que sont-ils devenus ? Le récit ne le dit pas. Il se concentre uniquement sur la vie dans le camp : son organisation, son évolution et le quotidien des internés. Les auteurs nous privent volontairement de ce qui se joue à l’extérieur pour mieux nous immerger dans ce cauchemar, magnifié par le trait stylisé de Simon Géliot, à la fois vif et tranchant. Un ouvrage à mettre entre toutes les mains, pour que jamais pareille horreur ne se reproduise, quel que soit le camp.
La Muette. Drancy, un camp aux portes de Paris – Scénario : Valérie Villieu – Dessin : Simon Géliot – Pages : 304 – Prix : 32,00 € – Editeur : La Boîte à Bulles.



