Interview. Ryder The Eagle : «  Je pense qu’inconsciemment Lucky Luke m’a influencé. C’est surtout ce à quoi il est associé qui m’intéresse : la liberté, la solitude et le voyage interminable »

Aventurier des temps modernes, Adrien Cassignol, alias Ryder The Eagle, souffle un vent de liberté et de romantisme crépusculaire sur la pop. « Follymoon », son premier album, évoque une fin de soirée à Las Vegas ou la dernière case d’un Lucky Luke. Portée par la mélancolie et un bel élan d’optimisme, le cowboy toulousain s’élance, tel un personnage de film américain indépendant des années 70, sur la scène pop où nous l’avons rencontré, plus exactement celle du Balajo, à Paris.

Ryder The Eagle © Benoit Gaboriaud

Chaque Lucky Luke se termine par la même case dans laquelle on le voit de dos et à cheval filant vers le soleil couchant en chantant « I’m a Poor lonesome cowboy », est ce que cette case résume assez bien « Follymoon » et ton projet artistique ?

Ryder The Eagle : « Oui complètement ! Je pense qu’inconsciemment Lucky Luke m’a influencé. C’est le premier cowboy que j’ai rencontré. Il est une interprétation européenne d’un mythe américain. Cette image du cowboy solitaire qui avance est assez positive même si le fond est mélancolique. Elle résume en effet mon projet artistique. La mélancolie est mon moteur. Elle me permet d’avancer et non de m’enliser. Mais, mon univers va au-delà du cowboy. C’est surtout ce à quoi il est associé qui m’intéresse : la liberté, la solitude et le voyage interminable. Dans la réalité, ils n’étaient pas vraiment comme on les imagine. Moi, je me suis inspiré de ce mythe issu de la culture pop. J’y m’y retrouve. Depuis que je suis divorcé, je mène ma vie comme ça. J’ai commencé à voyager, à déménager à Londres puis au Mexique. J’emprunte aussi à d’autres univers. Ce personnage qui sort de moi n’est pas juste un cowboy et n’est pas définitif. Plus qu’un cowboy, je suis un aventurier solitaire et ça peut prendre plusieurs formes  ».

« Follymoon » extrait de « Follymoon », le premier album de Ryder The Eagle

Ce personnage, ton moi fantasmé, s’appelle Ryder The Eagle, d’où ça vient et qu’est-ce que ça signifie ?

Ryder The Eagle : « Je ne sais pas moi-même ce que ce nom signifie. Le choix s’est fait de manière instinctive. Je n’avais pas plusieurs options. Je voulais un pseudo car je voulais créer un personnage, un moi transfiguré. Ryder n’est pas un prénom très commun, même aux USA, mais il évoque l’idée de ryder comme sur un cheval et donc le voyage. The Eagle évoque le fait de s’élever physiquement et spirituellement, il évoque aussi le progrès. Aussi, mon père était steward chez Air France, ma mère aussi. Petit, mon père était très absent. Il me manquait, j’avais peur qu’il se crashe. J’étais à la fois fasciné d’être dans les airs mais j’en avais aussi une peur bleue. M’appeler l’aigle me permet peut-être de surmonter cette angoisse et de ne plus avoir peur de m’envoler et d’être libre ».

Ryder The Eagle © Benoit Gaboriaud

En t’écoutant, je pense au film « Easy Ryder ». Est-ce que le cinéma américain des années 70 t’a influencé ?

Ryder The Eagle : « J’adore le cinéma indépendant américain. J’écoute aussi beaucoup de musique américaine. Pareil pour la littérature. Je me suis vraiment nourri de culture américaine. « Buffalo ’66 » de Vincent Gallo est un de mes films préférés. Il y a dedans quelque chose de très brut sur l’amour des autres mais aussi sur l’amour propre. Sa manière d’exprimer sa vulnérabilité m’interpelle, je m’y retrouve dans ma manière de faire des chansons. C’est un exemple parmi tant d’autres. J’aime aussi beaucoup les frères Cohen et leur capacité à aborder des sujets lourds en y glissant de l’humour noir sans que ça deviennent clownesque. Ça m’a beaucoup inspiré pour mettre de l’humour dans mes chansons sans en faire des chansons humoristiques ».

Ryder The Eagle © Benoit Gaboriaud

Tu as enregistré « Follymoon » seul, tu joues donc de tous les instruments ?

Ryder The Eagle : « J’ai enregistré l’album en Ecosse et j’ai joué de tous les instruments moi-même. J’ai des synthés, des guitares, des basses et les batteries sont souvent programmées. Je fais tout, tout seul, les arrangements aussi et avec très peu de matériel finalement. Je ne suis pas un geek de l’enregistrement, je fais ma tambouille petit à petit. J’étais batteur du groupe Las Aves pendant 12 ans, j’ai appris la guitare dans ma chambre, puis le piano pour composer. J’ai appris la basse après la guitare. J’ai maintenant assez de technique sans être un virtuose pour pouvoir jouer ce que j’ai dans ma tête. C’est aussi une source de liberté ». 

« American Dream » extrait de « Follymoon », le premier album de Ryder The Eagle

La chanson « American Dream », de quoi parle-t-elle ?

Ryder The Eagle : « C’est pas vraiment une chanson sur le rêve américain, c’est davantage sur le rêve et la projection. A l’image du rêve américain, on se projette parfois dans des choses qui ne sont pas la réalité. Le rêve américain, c’est s’identifier à quelque chose qui n’est pas forcément réel et atteignable mais qui nous sert de guide pour nous épanouir. Dans cette chanson, je mets le rêve américain en parallèle à une histoire d’amour, une histoire que j’ai eu avec une fille américaine. Étant fasciné par les Etats-Unis, par l’ailleurs et par l’inconnu, j’ai projeté sur cette histoire tous mes rêves. Après mon divorce, j’avais une soif de nouveauté. Je voulais tomber sur un eldorado amoureux. J’avais cette quête un peu aveugle. Je considérais cette fille comme ma « cowgirl sauveuse ». Mais forcément, à force de vivre dans les rêves, on est déçu par la réalité. Ça s’applique à des histoires d’amour mais aussi à des rêves de vie. C’est une chanson ironique sur tout cela, sur cette tendance que j’ai à vivre dans une réalité fantasmée. Cette histoire d’amour s’est mal terminée car je l’ai trop fantasmée ».

« The Divorce » extrait de « Follymoon », le premier album de Ryder The Eagle

Dans tes chansons tu parles beaucoup de toi, de ton divorce notamment, elles ont été faciles à écrire ?

Ryder The Eagle : « Mes chansons sont assez crues, assez dénudées. Je n’y ai pas réfléchi. C’est comme ça ! C’est sorti naturellement. A chaque chanson, j’essaie de creuser un peu plus profond. Mais c’est aussi un peu risqué. Pendant l’écriture de l’album, j’étais dans mes démons constamment et j’encourageais ce phénomène. La nuit, j’en faisais des cauchemars. Je comprends pourquoi certaines personnes mettent une sorte de filtre quand ils créent de manière artistique. Pour le meilleur, parce que c’est authentique, et pour le pire, parce que ça peut être difficile à porter, mon art est mon psy ! ».

Follymoon, le premier album de Ryder The Eagle

Ryder The Eagle © Benoit Gaboriaud