Mélanie Isaac : « C’est un appel au courage. Cette chanson s’adresse à tous les gens qui n’ont pas été pris au sérieux où qui ne se sont pas eux-eux-mêmes pris assez au sérieux. »

Ardennaise basée à Bruxelles, Mélanie Isaac revient des profondeurs de l’âme pour s’installer à la « Surface », plus légère, et nous présenter son véritable premier album évoquant Françoise Hardy, Barbara, Clara Luciani ou Dominique A. Mais l’artiste belge a suffisamment de maturité et de personnalité pour s’en démarquer. Mélancoliques et teintées d’humour, ces 9 chansons nous embarquent aussi bien pour la Floride que pour le Paradis Nord. On la suit volontiers dans ce périple solaire !

Nous avons eu l’occasion de la rencontrer aux Francofolies de Spa ou nous l’avons découverte à la guitare sèche mais aussi électrique !

Mélanie Isaac © Benoit Gaboriaud

Ton album s’intitule « Surface », le nom d’une de tes chansons, pourquoi ce choix ?

Mélanie Isaac : « C’est un appel au courage. Cette chanson s’adresse à tous les gens qui n’ont pas été pris au sérieux où qui ne se sont pas eux-mêmes pris assez au sérieux. Ce titre évoque l’accomplissement d’un projet pas évident. Pour moi, ça a été cet album, à l’âge que j’ai. J’espère convaincre les gens qui ont des rêves aussi fous que moi de les réaliser ».

« Floride » extrait de « Surface », le premier album de Mélanie Isaac

Une chanson s’appelle « Floride », mais sur scène tu avoues n’y être jamais allée, cela mérite une petite explication. 

Mélanie Isaac : « J’étais en résidence d’écriture à Astaffort, à la fondation Francis Cabrel qui était je crois l’école dans laquelle il a étudié quand il était jeune. J’étais encadré par un coach écriture et un coach musique, et d’autres artistes. Mon univers était globalement assez sombre et mélancolique. Jérôme Attal, mon coach, m’a alors dit qu’il fallait que j’en sorte, que je me « dé-Barbarise » et que j’écrive une chanson solaire. Il a ouvert un livre de Richard Brautigan sur l’Asie et m’a sorti une punchline qui faisait référence à ce continent. Nous étions en plein confinement. Ça ne m’inspirait pas du tout ! Il m’a alors dit : « la Floride ? ». Je me suis dit pourquoi pas, même si je n’y suis jamais allée. Je l’ai écrite en 15 min. J’ai eu une vision très claire. Très honnêtement, j’ai failli ne pas la garder car elle m’avait paru trop facile à produire et elle est assez éloignée de ce que je fais, mais après coup, je me suis dit qu’elle pouvait venir dynamiser un set ou un CD. Finalement, dans l’écriture, elle est assez désuète, dans la lignée de Barbara [rires] ».

Du coup, ça t’a donné envie d’aller en Floride ?

Mélanie Isaac : « C’est une chanson assez métaphorique qui ne parle pas vraiment de la Floride. Dans la région, je suis souvent allée à New York, mais pourquoi pas en Floride. Tout voyage me fait envie. Si demain, on m’offre un billet pour la Floride, je fonce évidemment ! ».

Mélanie Isaac © Benoit Gaboriaud

Quand on écoute « Surface », on pense parfois à Barbara, on te le dit souvent j’imagine ! Ça t’énerve ?

Mélanie Isaac : « On me le dit tout le temps. Évidemment, ça ne m’agace pas, c’est un maître ! Mais, je me demande qu’est-ce qui éveille chez moi cette comparaison ? Parce que je suis grande et que je m’habille en noir ? La voix ? Le phrasé ? La philosophie de mes chansons ? Je ne sais pas ! ».

Sur scène, on te découvre à la guitare électrique, pas très présente dans ton album.

Mélanie Isaac : « J’ai toujours joué de la guitare électrique. C’est de l’énergie brute. Ce n’est pas un choix, ça fait partie de moi. Adolescente, j’étais fan de PJ Harvey et j’ai la même guitare qu’elle. Dans 5 ans, je ferai peut-être un album de guitare électrique. Je rêve de tant de chansons dans tant de directions différentes ».

Mélanie Isaac aux Francofolies de Spa © Benoit Gaboriaud

« Surface » est assez mélancolique, comment l’appréhendes-tu, l’apprivoises-tu ?

Mélanie Isaac : « J’ai parfois l’impression de faire des chansons très résilientes et positives, mais quand je les chante, les gens sont très émotionnés, voilà ! Pour reprendre une phrase de Véronique Sanson que j’ai déjà citée à ce propos : «  Une bonne chanson, c’est comme un clou dans la main. Tu tapes dessus jusqu’à qu’il passe de l’autre côté et ensuite tu as ta bonne chanson ». Au départ de toute création, il y a une énigme à résoudre. Honnêtement, je n’ai pas toujours conscience d’être dans la mélancolie. « Floride » me fait mourir de rire. Je suis de nature très introvertie et solitaire. La mélancolie doit alors quand même être mon vecteur ! ».

« Paradis Nord » extrait de « Surface », le premier album de Mélanie Isaac

Le premier single de l’album est « Paradis Nord », un clin d’œil à « Le Paradis Blanc » ?

Mélanie Isaac : « Cette chanson peut à la fois parler d’une histoire d’amour à distance et d’un deuil. C’est un croisement de « Le Paradis Blanc » de Michel Berger, qui pour moi évoque l’absence de temporalité où les âmes s’envolent, et de « Girl from the North Country » de Bob Dylan. Les deux premières phrases de « Paradis Nord » sont une traduction littérale de cette chanson : « If you’re travelin’ in the north country fair / Where the winds hit heavy on the borderline ». « Paradis Nord », j’avais ce titre en tête depuis un moment, puis un ami m’a parlé de cette chanson de Dylan. Du coup, je l’ai étudiée. Je me suis plongée dans le répertoire de Dylan pendant une semaine, après une semaine de Sheila, je suis comme ça [rires]. C’est une chanson très ouverte. Moi, je sais à qui je chante mais je ne vous le dirai pas [rires]. Les gens doivent se l’approprier, c’est le but, peu importe ce que j’ai voulu raconter ».

Question idiote : il y aura un « Paradis Sud », « Est » ou « Ouest » ?

Mélanie Isaac : « [rires] Oui, c’est une question idiote, mais j’ai des projets plein les tiroirs, je suis déjà en train de travailler sur un deuxième album ».

Surface, le premier album de Mélanie Isaac