Interview. Martin Luminet : « En se racontant, les gens parlent finalement beaucoup de nous »

Salvatrice, la musique lui a permis d’assumer ses émotions. Martin Luminet les a posées sur des notes et des mots, histoire de soigner ses maux. Crus et percutants, les siens chassent les faux-semblants. En amour, l’artiste s’affranchit des codes poussiéreux et s’assume tel qu’il est dans « Monstre». Tel un miroir, son premier EP nous renvoie notre image, sans filtre. Pour s’y confronter, nous sommes allés à sa rencontre.

Martin Luminet ©B. Gaboriaud

Tu as baptisé ton premier EP « Monstre », pourquoi ce nom ?

Martin Luminet : « On peut accueillir les gens en les draguant mais moi je ne voulais pas mentir sur mes chansons et la musique que je défends. Je m’attarde davantage sur les faiblesses que sur les forces. « Monstre » symbolise le fait que nous sommes traversés par des choses plus ou moins belles. On a le choix de les éluder ou de les accepter ».

Martin Luminet ©B. Gaboriaud

Avant la sortie de ton EP, tu as dévoilé « Hardcoeur », une série de courts-métrages. Tu y fais parler, sans filtre, des artistes (Abel Chéret et TERRIER notamment), sur l’amour aujourd’hui, le sujet principal de « Monstre ». Comment as-tu géré ces deux projets en parallèle ?

Martin Luminet : « Pendant le confinement et pour ne pas rompre le lien avec le public, les artistes ont beaucoup parlé d’eux à travers les réseaux sociaux. Après le confinement, j’avais envie de redonner la parole aux gens sur des sujets qui me touchent profondément. En se racontant, les gens parlent finalement beaucoup de nous. Je leur ai fait tirer au sort des sujets que je traitais dans mes chansons. Je voulais découvrir leur regard sur l’amour, le couple, le désir, la colère et la sexualité. J’ai écris mes chansons en parallèle à ce projet de documentaire. La dernière chanson de l’EP sert de générique à « Hardcoeur ». Cette expérience, le fait d’écouter des gens se livrer sans filtre, m’a conforté dans ma démarche artistique. J’avais raison de m’attarder sur « l’intime ». Je me suis beaucoup reconnu dans leurs histoires, alors qu’elles n’avaient rien à voir avec la mienne. Je me suis dit que le moyen d’aller vers l’universel n’était pas finalement de parler à la place des autres, mais de simplement parler de soi ».

« Magnifique », extrait du premier EP de Martin Luminet « Monstre »

Dans la chanson « Magnifique », tu dis : « La musique, c’est ma maladie ».

Martin Luminet : « J’ai commencé la musique assez tard, à vingt ans. J’ai l’impression qu’elle m’a guéri de la vie que j’avais avant et qui n’était pas la bonne. Pour moi, la musique est une passion mais aussi une obsession. En ce sens, c’est une maladie ! Je n’arrive pas à m’en couper, j’y pense tout le temps. Au fond de moi, j’ai toujours envie de convertir ce que je vis en texte et musique. Longtemps, je suis passé à côte de mes émotions. Grâce à elle, je me suis plongé dedans. Elle m’a fait le même effet qu’un vaccin. On injecte un peu de maladie chez les gens pour les guérir. J’ai passé beaucoup de temps à me demander qui j’étais et ce que j’allais faire. Quand j’ai trouvé, j’ai dû vider mon sac sans avoir peur. C’est cet abandon qui m’intéresse. Nous avons tous cette vulnérabilité en commun, on nous apprend juste à la cacher, la déguiser ou la maquiller. Mais finalement, si on l’expose, personne ne vient taper dedans, au contraire. Il faut avoir du courage et avant cela je n’en ai pas trop usé ». 

« Cœur », extrait du premier album de Martin Luminet

Peut-être est-ce dû à ton spoken word, ton écriture est cinématographique. Dans ton premier clip, « Cœur », tu montres des courts extrais de films et notamment du final de « Cinema Paradiso », de cette fameuse scène où le héros, Jacques Perrin, retrouve une bobine contenant les plus beaux baisers du 9ème art. Quel est ton rapport au cinéma ?

Martin Luminet : « J’ai effectivement pris quelques images de ce passage. Il y a des baisers vraiment intenses dans cette séquence. Ce film m’a bouleversé. « Cœur » est mon premier clip. Je voulais marquer mon amour pour le cinéma, car il a nourri énormément mon écriture. Je n’ai pas écrit grâce aux livres mais grâce au cinéma. Je ne pouvais pas le dissocier de ma première prise de parole musicale. Je me suis construit avec ces films et j’ai voulu les montrer dans ce clip. Il y a aussi une scène de « Old Boy », un travelling latéral. On y voit un homme qui affronte des gars armés de sabres et de battons. A l’aide juste d’un marteau, il les défonce tous en avançant, sans jamais s’arrêter et par amour. C’est symbolique, ça montre la force qu’on peut parfois trouver en nous pour avancer, traverser des murs et des montagnes. J’ai découvert ce film au collège, un ami m’avait proposé de le regarder. Ça a été un de mes premiers chocs cinématographiques ».

On y voit aussi une image terrifiante d’une maison soufflée par une explosion nucléaire.

Martin Luminet : « C’est une image d’archive des tests nucléaires. A l’époque, ils avaient réalisé un film promotionnel sur la bombe nucléaire. Ils y montraient l’extraordinaire puissance de cette arme qui pouvait souffler une maison. Ils avaient même placé des mannequins à l’intérieur. C’était horrible, mais cette image est fascinante ! ».

Martin Luminet ©B. Gaboriaud

Ton EP parle essentiellement de la difficulté d’être amoureux, penses-tu qu’il est plus facile de l’être comme on le souhaite aujourd’hui ?

Martin Luminet : « Ce qui me rassure, c’est que se mettre à deux ne veut plus forcément dire fusionner. On peut désormais être deux personnes qui avancent ensemble. Les tabous, en terme de désir, de sexualité et de format de couple, tombent petit à petit. J’espère qu’on va assister à une grosse déconstruction du schéma de la famille qu’on nous a infligé pendant des années. J’y mets beaucoup d’énergie ».

Monstre, le premier EP de Martin Luminet