Interview. Malik Djoudi : « Isabelle Adjani écoute ma musique. J’étais comme un enfant en lisant ça ! »

Après « Tempéraments », Malik Djoudi vient toucher notre point sensible avec « Troie », une renaissance organique. Porté par un ensemble basse-batterie groovy, ce troisième album contient quelques beaux duos. A l’affiche : Lala &Ce, Philippe Katerine et Isabelle Adjani. Un casting tout aussi étonnant que ces nouvelles chansons dénuées d’électronique mais toujours aussi hypnotisantes. Pour en savoir plus sur ce virage sensationnel, nous sommes partis à sa rencontre.

Malik Djoudi ©Edgar Berg

Pour « Troie », tu es allé explorer de nouvelles contrées musicales, plus organiques. Comment s’est passée cette transition ?

Malik Djoudi : « J’adore l’électro, travailler les sons. C’est une exploration infinie. J’ai fait une tournée qui a duré 4 ans, à deux et avec des machines. Pour ce troisième album, j’avais vraiment envie de prendre des risques et de m’entourer de musiciens. En février 2020, Renaud Letang m’a envoyé un message en me disant qu’il souhaitait travailler avec moi sur ce nouveau projet. Il se trouve que j’aime beaucoup son travail acoustique et organique, notamment ses collaborations avec Connan Mockasin, Feist et Chilly Gonzales. Je me suis alors dit que c’était le moment de partir sur un groove basse-batterie et d’en faire le socle de cet album. J’ai passé des jours et des jours à faire en sorte que ce combiné ne fasse plus qu’un. »

L’album s’intitule « Troie » qui n’est pas le titre d’une chanson, il s’agit donc d’un choix intentionnel.

Malik Djoudi : « Le titre de l’album m’est venu au tout début du processus de création. Philippe Zdar, un de mes mentors, disait qu’il fallait trouver le titre d’un album avant de le faire car il en donnait la direction. C’était mon troisième, le mot s’est alors imposé avec l’orthographe « Troie ». J’ai pensé au Cheval de Troie. Au-delà du côté tragique, j’aime cette image du cheval qu’on emmène dans la cité et qui s’y diffuse. J’ai fait le parallèle avec la musique d’un album. »

Clip tourné à la Villa Noailles

Tu as été en résidence à la Villa Noailles, centre d’art contemporain à Hyères, est-ce que ce lieu t’a particulièrement inspiré ?

Malik Djoudi : « J’y avais joué plusieurs fois. J’ai appelé Jean-Pierre Blanc, le directeur qui est aussi un ami, pour lui demander si je pouvais venir m’y installer un mois. Finalement, j’y suis resté trois mois. J’y ai posé mes instruments face à la mer. J’étais seul mais quand je me retrouve seul avec mes instruments, c’est le moment où je me sens le moins seul. Je crois que cette expérience a apporté beaucoup de lumière et de couleur dans ma musique. La mer m’a vraiment inspiré. »

« Point Sensible » feat. Lala &ce extrait de « Troie », le dernier album de Malik Djoudi

Dans la chanson « Point Sensible », tu écris : « Montre moi ton point sensible, je te dirai qui tu aimes ». Du coup, quel est ton point sensible ?

Malik Djoudi : « Mon point sensible pourrait être une faille, un doute ou un point G. Ce morceau est comme un jeu charnel dans lequel on dévoilerait ce qu’on n’a jamais osé montrer, dans lequel on s’affranchirait de sa timidité. Ce jeu peut être aussi bien amoureux qu’amical. Il ne s’agit pas non plus d’aller chercher nos grosses failles, ça reste léger. » 

« Troie » parle de désir, de séduction et de rencontres parfois intimes comme sur le titre « Danger ».

Malik Djoudi : « « Danger » est une chanson sur la désinhibition, sur comment on peut s’évader dans la nuit, sur les rencontres qu’on peut y faire. »

Cette envie de parler de désinhibition à un rapport avec les divers confinements que nous avons vécus ?

Malik Djoudi : « La chanson « Danger » n’a pas vraiment de lien avec ça, mais l’album en compte plusieurs, notamment « 2080 ». La science fiction est devenue réalité. On a été propulsé dans un monde où « Se croiser sans se toucher » était la norme. Cette période m’a fait assez peur. Je suis très tactile et j’aime prendre les gens dans mes bras. J’étais désemparé. Tout l’album dit qu’on a besoin de l’autre. »

Malik Djoudi ©Edgar Berg

Comme les autres, cet album contient quelques duos : « Point sensible » avec Lala &Ce, « Eric » avec Philippe Katerine et  surtout « Quelques mots » avec Isabelle Adjani. Comment convainc-t-on Isabelle Adjani ?

Malik Djoudi : « J’ai découvert Isabelle Adjani avec « Pull Marine » qui est pour moi une des plus belles chansons écrites. Sa voix est magnifique sur ces mots. Elle m’a beaucoup inspiré. Je l’ai ensuite découverte au cinéma dans « L’été meurtrier » et « Subway ». C’est une immense actrice, une muse pour beaucoup d’autres artistes et créateurs. Un jour, je lis dans un journal une interview d’elle. Le journaliste lui demande ce qu’elle écoute en ce moment et elle me cite ! J’étais comme un enfant en lisant ça. Isabelle Adjani écoute ma musique ! J’ai voulu la remercier. Nous nous sommes rencontrés et le courant entre nous est passé vraiment naturellement. J’avais en tête une ligne de basse et une mélodie qui lui irait bien, je voulais vraiment faire ce morceau avec elle. J’ai mis du temps à écrire « Quelques mots » car je voulais que cette chanson lui aille comme un gant. Je lui ai envoyé le titre et elle a accepté immédiatement. » 

Tu as déjà fait des duos avec Juliette Armanet, Cécile de France, Etienne Dahao, entre autres, avec qui fantasmes-tu d’en faire un ?

Malik Djoudi : « J’ai déjà eu de très beaux duos, je me sens très chanceux, mais je dirais James Blake, King Krule, Kendrick Lamar, Billie Eilish et plein d’autres. »

« Troie », le troisième album de Malik Djoudi