Flèche Love : « Si je n’avais pas été une musicienne, je pense que j’aurais été une scientifique. »

Comme Björk ou Grimes, Flèche Love perçoit la musique tel un terrain d’expérimentation et trouve l’inspiration dans les sciences. Avec le très attendu « Naga (Part 2) », l’artiste suisso-algérienne clôt de façon magistrale son diptyque sensationnel et nous plonge dans un univers foisonnant dans lequel le rap, les rythmes tribaux et les cœurs puissants se côtoient, tout comme les papillons à tête de mort et les satellites de Saturne. Véritable tourbillon d’émotions fortes, ce chef-d’œuvre, mystique et charnel, nous happe dès les premières notes et laisse un souvenir durable. Pour en saisir tous les éléments, nous sommes allés à sa rencontre, juste avant un de ses derniers concerts parisiens.

Flèche Love ©B. Gaboriaud

« Acherontia Atropos », « Enceladus » et « Shungite », les titres de tes chansons ont souvent un rapport avec les sciences naturelles, c’est ta principale source d’inspiration ?

Flèche Love : « Si je n’avais pas été une musicienne, je pense que j’aurais été une scientifique. Le biomimétisme, cette façon de s’inspirer de la nature pour développer les technologies de pointe, me passionne. J’adore aussi l’éthologie, je lis beaucoup de livres sur les animaux et les parasites notamment. « Acherontia Atropos » parle de la rencontre du grand amour mais aussi du fait de sentir la mort en permanence à ses côtés. Ce papillon (appelé aussi « Sphinx tête de mort ») a carrément la mort dessinée sur son dos, comme une fatalité. C’est incroyable ! Il fallait bien que je lui dédie une chanson (rires).

Pour « Enceladus », un satellite de Saturne, je me suis surtout inspirée d’un commentaire que j’ai vu sur YouTube à propos d’une chanson et qui disait : « Ce corps est le corps le plus intense que je n’ai jamais porté ». Je trouve cette phrase tellement belle que j’en ai fait une chanson. J’y rend hommage à notre corps qui nous transporte. Dans le rap, je dis « Est-ce que tu sais pourquoi tu ne te rappelles pas de tes vies antérieures ? ». Un jour mon compagnon et moi, nous nous sommes posés la question. Du coup, j’ai fait des recherches et je suis tombée sur un colloque de scientifiques qui ont trouvé que le fœtus baigne dans de l’ocytocine, une hormone qui crée du lien mais aussi une certaine amnésie. Pourquoi, avant de naître, l’être humain nage dans ce bain qui efface sa mémoire ? Cette chanson parle aussi de ça ! » 

« Bruja » extrait de « Naga (Part 2) », le dernier album de Flèche Love

Sur « Partheno Genesis », autre phénomène biologique, il est question d’auto-reproduction.

Flèche Love : « La question de la maltraitance est très complexe et peu traitée. L’idée de pouvoir renaître me touche énormément. J’ai pensé que ce serait génial de pouvoir se porter soi-même. Dans le travail thérapeutique, en anglais, ils utilisent le terme « reparenting » qui consiste à être ses propres parents pour se réparer. Je trouve cette idée de pouvoir s’éduquer et s’encourager vraiment belle. »

Flèche Love ©B. Gaboriaud

La danse tient aussi une place importante dans ton travail.

Flèche Love : « Oui ! La danse est viscérale pour moi, j’ai toujours dansé. C’est la forme d’expression dans laquelle je me sens le plus à l’aise. Le titre de la chanson « Umusuna », qui figure sur « Naga (Part 1) », vient d’un spectacle dans la lignée du Butō du chorégraphe japonais Ushio Amagatsu. Il est directeur et meneur de la compagnie Sankai Juku. J’ai aussi vu dernièrement au Théâtre de Chaillot le spectacle de Damien Jalet « Planet [wanderer] ». Je l’admire énormément, il a travaillé avec le plasticien Kohei Nawa, leur show est très inspirant. « Rize », le film de David LaChapelle sur le krump, m’a aussi inspiré mais je ne pourrai pas travailler avec un chorégraphe. La danse est pour moi synonyme de lâcher prise. Je ne dis pas que ce ne serait pas intéressant et beau mais j’ai besoin de cette liberté sur scène. La danse y est pour moi un exutoire. Il y a des mouvements que je refais mais la plupart du temps j’improvise. Je serais incapable de reproduire toujours les mêmes. Cette façon de danser me fait un bien fou. »

Flèche Love ©B. Gaboriaud

Sur « Naga (Part 1 et 2) », tu chantes en anglais et en espagnol, mais pas en français !

Flèche Love : « Je chante en espagnol car j’ai un lien spirituel avec l’Amérique du Sud. Je m’y sens comme à la maison. Mon copain est équatorien. Le Français ! Ça va venir, je travaille sur un projet en arabe et en français, à suivre… »

Naga (Part 2), le nouvel album de Flèche Love