INTERVIEW. Baptiste W. Hamon : « Je suis inspiré par la mélancolie, les souvenirs joyeux ou tristes mais je suis aussi complètement habité par l’espoir »

Portée par des chœurs sublimes, les nouvelles chansons tragiques ou à boire de Baptiste W. Hamon nous font passer par divers états émotionnels. Pleines de vie, elles racontent, entre rires et larmes, le destin des écorchés parfois « Jusqu’à la lumière », le titre de son troisième album réalisé par John Parish.

Baptiste W. Hamon © Romain Winkler

« Jusqu’à la lumière » contient quelques gouttes d’alcool histoire de faire la fête, de noyer le chagrin ou de faire passer la pilule. On en trouve dans « Boire un coup », « Dorothée » ou « Les gens trompés » et bien évidemment dans dans nos vies, c’est pourquoi on en trouve justement dans ton disque ?

Baptiste W. Hamon : « Ces deux dernières années ont été un peu compliquées, le rapport à la fête nous a été enlevé. Le disque commence par la chanson « Boire un coup ». Je voulais apporter une touche de légèreté dès le début et proposer de refaire la fête. Ensuite, j’appartiens à la musique country et folk. Dans ces genres, les mecs parlent de leur vie de tous les jours et dans la vie de tous les jours, sans être un alcoolique, je bois des coups avec les copains, de temps en temps. Ça fait partie des petits bonheurs de la vie ! Je n’ai pas non plus écrit un disque sur l’alcool, mais dans 4 ou 5 chansons, je l’évoque. Ça me semble normal ! »

« Boire un coup » extrait de « Jusqu’à la lumière, le dernier album de Baptiste W. Hamon

L’album commence par une invitation sympathique à « boire un coup », mais l’ambiance redescend très vite, dès le deuxième titre, avec « Hosanna ». Une fois de plus, tu nous fais passer par plusieurs états émotionnels.

Baptiste W. Hamon : « Effectivement, il y a un spectre assez large de thématiques. Je suis inspiré par la mélancolie, la nostalgie, les souvenirs joyeux ou tristes mais je suis aussi complètement habité par l’espoir. Je voulais inclure dans ce disque ces deux facettes de moi. J’avais comme référence Graeme Allwrightqui qui chantait des chansons très tristes mais aussi des chansons à boire. Joe Dassin m’a aussi inspiré certains morceaux. Le cœur de mon écriture, que ce soit pour des poèmes ou des chansons, reste mélancolique et est basé sur des sujets tristes mais dans lesquels je vois beaucoup de beauté. »

« Boire un coup » extrait de « Jusqu’à la lumière, le dernier album de Baptiste W. Hamon

« Jusqu’à la lumière » est porté par des chœurs féminins particulièrement touchants incarnées par Lonny qui vient de sortir son premier album « Ex-Voto ». 

Baptiste W. Hamon : « J’ai toujours aimé la présence des chœurs féminins dans les disques en général et en particulier dans ceux de Leonard Cohen, la référence en la matière. Dans ses disques, ils tiennent une place importante dans les arrangements. Quand je suis rentré en studio chez John Parish, le plus grand réalisateur au monde, j’avais deux exigences : pouvoir utiliser la pedal steel qui m’emmène en Arizona ou au Nouveau Mexique, et que mon amie Lonny puisse participer à l’élaboration des chœurs. Au fur et à mesure que l’album se construisait, je lui envoyais les fichiers. Elle me renvoyait des choses plus sublimes les unes que les autres. Sa présence était la touche finale parfaite aux arrangements. Elle apparaît sur quasiment toutes les chansons. Une grosse partie de l’identité du disque passe par ses chœurs. »

Ces chœurs m’évoquent la présence d’Isobel Campbell dans les premiers disques de Belle and Sebastian. Dans ton précédent projet Barbaghamon, tu reprends d’ailleurs en français avec Barbagallo « Sleep the Clock Around », une chanson issue de leur troisième album « The Boy with the Arab Strap ». Est-ce que ce groupe t’a influencé ?

Baptiste W. Hamon : « Belle and Sebastian ne m’a pas influencé directement dans l’écriture de mes chansons mais inconsciemment certainement. C’est le premier groupe dont je suis tombé amoureux. J’étais au lycée, c’est mon frère qui me l’a fait découvrir. C’est la première fois que j’ai eu des frissons en entendant des enchaînements d’accords et la voix de Stuart Murdoch. C’est vraiment le premier groupe dont j’ai été fan. »

Baptise W. Hamon lors de notre interview © Benoit Gaboriaud

Pour réaliser ce nouvel album, tu t’es tourné vers John Parish, une icône qui a collaboré avec PJ Harvey et Aldous Harding. Pourquoi ce choix ?

Baptiste W. Hamon : « J’ai pensé à lui notamment pour ses dernières collaborations avec Aldous Harding. La rencontre s’est faite beaucoup plus facilement que je ne le pensais. Je savais qu’il avait déjà collaboré avec des artistes français comme Dominique A, Dionysos et récemment Emily Loizeau. Je l’ai contacté puis il a écouté les quelques démos que je lui ai envoyées. Très vite, il a été ok pour qu’on travaille ensemble. C’est un des meilleurs ! Quelques soient les artistes avec qui il collabore, on retrouve dans ses productions une certaine classe et une perfection sonore. Il n’y a jamais rien de trop et justement, dans l’enregistrement de mes albums, je souhaite éviter l’accumulation d’instruments. Je suis un songwriter, j’ai besoin que ma chanson se tienne en guitare-voix et qu’une émotion s’en dégage. L’habillage musical est important dans le sens ou il faut qu’il sublime la chanson, mais il ne faut pas non plus qu’il la mange. J’ai toujours eu peur de ça. Je veux vraiment que le texte puisse arriver aux oreilles de l’auditeur sans qu’il soit devancer par un rythme. »

Baptise W. Hamon lors de notre interview © Benoit Gaboriaud

Il y a justement une phrase qui est particulièrement bien arrivée à mes oreilles « La nuit, c’est fait pour épuiser les poèmes », issue de « Jusqu’à la lumière ». Comment écris-tu ? D’où te vient l’inspiration ?

Baptiste W. Hamon : « Pour « Boire un coup » ou « Les gens trompés », j’avais une idée assez précise mais généralement j’écris en écriture automatique. J’écris les mots sans savoir exactement où je vais, comme pour « Jusqu’à la lumière ». Ensuite, je retravaille le texte quand j’y vois un sens. Je sais ce qu’une chanson m’évoque mais j’ai souvent du mal à l’expliquer. Chacun peut y voir ce qu’il veut. »

Tu clôtures l’album par une note d’espoir, un rayon de soleil. 

Baptiste W. Hamon : « «Revoilà le soleil » est une chanson pleine d’espoir, une reprise de Jacques Bertin que j’aime beaucoup. C’est un poète fabuleux. Il a refusé les compromis et s’est donc retrouvé un peu dans l’ombre. Mais ses chansons, comme celle-ci, sont fantastiques. « Revoilà le soleil » est aussi un écho de mon disque précédent qui s’appelle «  Soleil, Soleil Bleu ». »

Jusqu’à la lumière, le troisième album de Baptiste W. Hamon