Qui est Gabriele Münter, à qui le MAM consacre une grande rétrospective ?

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente la première rétrospective en France consacrée à l’artiste allemande Gabriele Münter (1877-1962) : une belle (re)découverte artistique autant qu’un portrait de femme étonnante, à la vie romanesque.

Gabriele Münter, Petit-déjeuner des oiseaux. 10 mars 1934 ; retouches minimes en janvier 1938. Washington, D.C., National Museum of Women in the Arts. Don de Wallace et Wilhelmina Holladay © 2023 Artists Rights Society (ARS), New York / VG Bild-Kunst, Bonn © Adagp, Paris, 2025

Dans un monde dominé par les hommes, Gabriele Münter s’impose bien au-delà de son rôle de compagne de Kandinsky durant ses années munichoises (1903-1914). Co-fondatrice avec lui du cercle du Cavalier bleu (Der Blaue Reiter), elle compte parmi les artistes les plus éminentes de l’expressionnisme allemand, bien qu’elle ait commencé sa carrière à Paris, où elle expose pour la première fois en 1907 au Salon des Indépendants.

Gabriele Münter – MAM © Pierre Antoine / Musée d’Art Moderne de Paris

Née en 1877 à Berlin dans une famille bourgeoise, elle devient orpheline à 21 ans et part avec sa sœur à la découverte des États-Unis. Durant ce voyage, elle s’initie à la photographie, capturant le quotidien des gens qu’elle croise avec un sens du cadrage déjà remarquable. À son retour, elle rencontre celui qui deviendra le futur père de l’abstraction : Vassily Kandinsky. Le couple illégitime voyage ensemble en Tunisie, en Italie, aux Pays-Bas et enfin à Paris, où le regard de Münter se tourne vers les fauves, alors au cœur du scandale artistique.

Gabriele Münter – MAM © Pierre Antoine / Musée d’Art Moderne de Paris

De retour en Allemagne, les tourtereaux s’installent dans le village bavarois de Murnau, entouré de lacs et de montagnes. C’est là que Münter développe une peinture aux couleurs vives, un brin naïve mais visant à capter l’essence spirituelle des choses. Dans ce laboratoire créatif surnommé « la maison des Russes », où elle s’inspire aussi de dessins d’enfants, naît ainsi en 1911 le mouvement Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu). Mais l’idylle artistique et amoureuse prend fin brutalement en 1914, avec le début de la guerre. Kandinsky repart en Russie, tandis que Münter s’exile en Suède.

Gabriele Münter – MAM © Pierre Antoine / Musée d’Art Moderne de Paris

Après une période de dépression, elle retrouve un nouvel élan aux côtés de Johannes Eichner, historien de l’art et philosophe. Ensemble, ils séjournent à Paris en 1929, où elle se passionne pour la figure de la femme garçonne, qui lui renvoient une image d’elle-même comme en un miroir.

En 1937, bien que les nazis lui interdisent d’exposer, elle reste à Murnau, mais en mai 1938, à la suite de la promulgation de la loi sur la « confiscation des produits de l’art dégénéré », elle cache dans la cave de sa maison un véritable trésor : ses propres œuvres, mais aussi une précieuse collection de chefs-d’œuvre de Kandinsky et d’autres artistes du Cavalier bleu. Elle lègue ce fonds à la ville de Munich pour ses 80 ans, avant de s’éteindre à Murnau en 1962, quatre ans après Johannes Eichner. Leurs tombes se trouvent près de l’église, juste en face de sa maison, aujourd’hui transformée en musée.

Gabriele Münter – MAM © Pierre Antoine / Musée d’Art Moderne de Paris

À travers une sélection d’environ 170 œuvres (peintures, gravures, photographies, broderies, etc.), cette exposition inédite en France propose un parcours chronologique riche et précis, retraçant plus de soixante années de création et soulignant l’importance de Gabriele Münter dans l’histoire de l’art du XXe siècle.

Exposition Gabriele Münter. Peindre sans détours au MAM, à Paris, jusqu’au 24 août 2025.

Pour en savoir plus sur l’exposition, découvrez notre balade photographique ci-dessous, bonne visite !