Adrian Geller : « La nature est pour moi un alter ego fantasmé »

Le monde de l’art contemporain a les yeux rivés sur lui. Né en 1997 à Bâle, Adrian Geller s’approprie la végétation luxuriante du Douanier Rousseau. Le jeune artiste désormais parisien y glisse notamment des personnages en costume ou des hommes nus entièrement tatoués. Dans ses toiles énigmatiques, crépusculaires et romantiques, au charme parfois désuet, l’humain redevient animal. En pleine recherche et évolution, il travaille principalement la peinture, mais aussi le textile, l’installation et la vidéo. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer lors d’une de ses dernières expositions, à la galerie Chez Valentin.

Adrian Geller à la galerie Chez Valentin ©Benoit Gaboriaud

La nature luxuriante est omniprésente dans tes tableaux, quelle est ta démarche ?

Adrian Geller : « La nature est pour moi un alter ego fantasmé. A travers mes tableaux et mes personnages, je me demande comment je pourrais vivre avec et dans la nature. Je me découvre dans un biotope. Ma démarche n’est pas écologique dans le sens politique, elle est davantage liée à une sensibilité. J’aimerais que les gens s’identifient aux personnages et se sentent concernés. J’imagine un monde dans lequel l’homme redevient animal et retrouve une certaine insécurité. Nous avons perdu cet aspect là, cette insécurité. Nous sommes totalement distants avec la Terre. Nous faisons tout pour nous protéger et mourir le plus tard possible. Nous ne prenons plus de risque. Notre société occidentale est construite en ce sens. Certains de mes tableaux appartiennent à une philosophie de vie où on accepte ce risque ».

Adrian Geller à la galerie Chez Valentin ©Benoit Gaboriaud

Tes tableaux sont assez sombres. Cet univers crépusculaire contribue aussi bien a créer une ambiance romantique qu’effrayante.

Adrian Geller : « Cela vient probablement de mes origines germanophones. J’ai grandi avec des œuvres d’Arnold Böcklin comme « L’Île des morts » qui m’a beaucoup inspiré. On y trouve ce côté très sombre, claire de Lune, romantique et surtout cette bonne crainte de la nature. J’aime aussi beaucoup me plonger dans les rites traditionnels et les contes folkloriques ou de Grimm. Tout cela m’inspire. On retrouve dans mes tableaux les mêmes éléments énigmatiques. En lisant les contes médiévaux, on ressent par exemple cette peur de la forêt ». 

Adrian Geller à la galerie Chez Valentin ©Benoit Gaboriaud

Les personnages que tu peins se ressemblent et portent presque tous un costume rétro, pourquoi ?

Adrian Geller : « Avec ses codes, le costume m’évoque la peau animale. L’homme en costume noir avec une chemise blanche et une cravate rouge devient presque comme un animal avec sa fourrure, comme un blaireau. Ca le rend reconnaissable. Le costume évoque aussi les temps modernes et le temps passé dans des bureaux à faire du travail limite inutile si on regarde d’un point de vue universel. Mon personnage porte parfois cette peau, mais il peut aussi être nu et recouvert de tatouages. Cette peau tatouée lui donne un caractère et définit son espèce. Ces tatouages évoquant des plantes lui permettent de s’intégrer dans la nature. On pourrait être né comme ça, avec les empreintes des plantes qui nous entourent. Les plantes m’obsèdent. J’adore jardiner, me balader dans la nature ou encore faire des bouquets. »

Adrian Geller à la galerie Chez Valentin ©Benoit Gaboriaud

Adrian Geller a aussi d’autres obsessions. Les mégots de cigarette, un petit mouchoir brodé ou encore des petites cuillères sont des éléments récurants dans son œuvres, il les décline aussi en objets qui agrémentent une réflexion philosophique et spirituelle globale.

Plus d’informations sur son site : https://www.adriangeller.com