Après s’être consacré aux mythologies (Mythologies, 2022), Angelin Preljocaj explore le deuil dans Requiem(s), et livre à nouveau un concentré d’images somptueuses.

Chorégraphe star particulièrement actif, Angelin Preljocaj dévoile à La Villette (Chaillot hors les murs) sa dernière création : Requiem(s). Ici, il s’intéresse à la douleur de la perte de l’être aimé sur des rythmes allant du « classique » (de Mozart à Ligeti), au métal de System of Down, en passant par ceux de Messiaen, 79D, Hildur Guónadottir et des chants médiévaux. En résulte paradoxalement un spectacle plein de vie, mais un peu trop dense. Comme dans Mythologies ( 2022), les tableaux s’enchaînent les uns après les autres, s’en qu’on puisse réellement s’en imprégner et en jouir pleinement. Reste en tête des images fascinantes, d’une beauté inouïe, magnifiées par la lumière incroyable d’Eric Soyer, mais l’émotion ? Parfois, elle nous échappe.

Œuvre somme, Requiem(s) est en quelque sorte un kaléidoscope du savoir-faire certain d’Angelin Preljocaj. Sa patte est souvent reconnaissable, mais il sait aussi s’en détacher. Le temps d’un chapitre bouleversant sur la Shoah, il donne la parole à Gilles Deleuze sur laquelle les dix-neuf danseurs et danseuses s’exécutent comme toujours avec virtuosité. Ainsi, il ose et parvient à chorégraphier avec poigne et flamboyance un texte loin d’être récréatif : « comment ils ont pu faire ça » ! Évoquant souvent l’expressionnisme allemand, ses nombreux Requiem(s) hypnotisent davantage qu’ils émeuvent, mais peut-être faudrait-il revoir la pièce une seconde fois pour en saisir toutes les nuances !

Requiem(s) d’Angelin Preljocaj à la Grande Halle de La Villette en coréalisation avec Chaillot, Théâtre National de la Danse, Paris, du 23 au 6 juin 2024, puis en tournée dans toute la France.
