Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, ou la fin de l’innocence !

Après quelques déboires avec son ancien éditeur, Fantagraphics, l’autrice américaine Emil Ferris dévoile enfin chez Monsieur Toussaint Louverture le livre deuxième de Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, un opus graphiquement sublime qui illustre le cheminement de Karen Reyes vers l’âge adulte : truculent !

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres © Monsieur Toussaint Louverture

Après un premier tome auréolé de prix, dont le Fauve d’or 2019 et le Prix Eisner 2020 (Meilleur One Shot), la suite de Moi, ce que j’aime, c’est les monstres se faisait attendre. La voici enfin en librairie. C’est donc avec curiosité qu’on se replonge dans le journal intime, foisonnant et cauchemardesque de Karen Reyes, entièrement dessiné au stylo à bille et qui sort des cases. Après la mort de sa mère, la jeune prodige, alter ego de l’auteur, désormais élevée par son frère Deeze, mi-artiste mi-truand, découvre peu à peu l’univers des adultes qui l’entourent – comme si l’épais brouillard de l’enfance se dissipait autour d’elle -, mais aussi l’amour, celui voué à une adolescente mystérieuse. Le récit prend ainsi un chemin queer bienvenu, mais dommage, l’autrice finit par nous perdre dans un dédale d’histoires rocambolesques, peuplées de personnages louches et caricaturaux. Il faut dire que le quartier interlope dans lequel évolue l’héroïne, l’Uptown du Chicago des années 1960, est propice à toutes sortes d’investigations fascinantes pour notre espiègle Alice au pays des monstres. Mais à travers ses enquêtes, elle tente surtout de percer les secrets qui la tourmentent. Y parviendra-t-elle ? Graphiquement époustouflant, mais un brin long, ce second tome truffé de références à l’histoire de l’art et aux pulp magazines est à suivre.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Scénario et dessin : Emil Ferris – Pages : 416 – Prix : 34,90 € – Editeur : Monsieur Toussaint Louverture.