Christophe Honoré rend un hommage tour à tour poignant et drôle à ses idoles d’antan happées par le sida dans les années 1980/90, avec le recul nécessaire et une humanité bouleversante ! Une pièce plus que jamais indispensable en cette période trouble.

Salis, déshonorés ou humiliés, les premiers morts du sida ont peu eu l’occasion de se défendre de leur vivant ! Quand, pour certains, ils ont abordé le sujet, ils le firent souvent via leur art, et dans l’urgence, car condamnés à mort ! Aujourd’hui, Christophe Honoré leur offre le recul nécessaire pour s’exprimer dans Les Idoles, à (re)découvrir en ce moment au théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, avec un casting en partie renouvelé.

Sur scène, l’auteur ressuscite et convoque cinéastes, critique, metteur en scène, dramaturges et écrivains, à savoir Cyril Collard (Harrison Arévalo), Serge Daney (Jean-Charles Clichet), Bernard-Marie Koltès (Paul Kircher), Jean-Luc Lagarce (Julien Honoré), Hervé Guibert (Marina Foïs) et Jacques Demy (Marlène Saldana). Autant d’artistes qui l’ont façonné, mais tous morts du sida au cours des deux dernières décennies du XXe siècle. Christophe Honoré avait, lui, vingt ans en 1990, quand Jacques Demy s’est éteint. Cette année-là, le chorégraphe Dominique Bagouet crée Jours étranges, dont il vit trois ans plus tard une performance posthume, et sur laquelle s’ouvre ce formidable hommage inventif.

En guise d’introduction, Christophe Honoré invite ses six idoles à entrer dans la danse, puis à s’exprimer sur la mort et le désir, sur la honte et la rage, sur leur devoir de parler de leur maladie ou leur envie de préserver leur intimité, comme ce fut le cas pour Jacques Demy qui n’a jamais abordé en public son homosexualité et encore moins sa maladie. Dans cette rêverie, les autres lui reprochent son mutisme, lui faisant remarquer que sa parole aurait pu faire évoluer les mentalités ! Il faudra attendre 2008 pour qu’Agnès Varda révèle avec délicatesse les vraies raisons de sa mort.

Ces idoles évoquent aussi le calvaire de Rock Hudson, star hollywoodienne déchue, et invitent Elizabeth Taylor, engagée pour la lutte contre le sida, à participer au débat intelligent et plein de fantaisie. Ainsi, le spectateur assiste à la 18ᵉ cérémonie des Césars, en 1993, lors de laquelle Cyril Collard reçoit en personnes ses statuettes de la main d’un spectateur choisi au hasard dans la salle, à un numéro de cabaret burlesque et jubilatoire sur La Chanson d’un jour d’été, tube iconique des Demoiselles de Rochefort, à un autre de claquettes détonnant de Marlène Saldana sur la musique poignante du final des Parapluies de Cherbourg, à une drôle de rencontre fantasmée entre Bernard-Marie Koltès et John Travolta… et à un discours terriblement émouvant de Marina Foïs sur la mort de Michel Foucault, l’un des amours d’Hervé Guibert. Dans cette tragi-comédie humaine agrémentée de vidéos pertinentes et parfois sexy, Christophe Honoré rend justice à ces génies partis trop vite, sans concession, mais avec un immense respect !
Les Idoles, à voir au théâtre de la Porte Saint-Martin.
Ecriture et mise en scène : Christophe Honoré. Avec : Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré, Paul Kircher et Marlène Saldana.
