INTERVIEW. Edouard Hue : « J’invite le spectateur à plonger dans le corps humain à la recherche de l’instinct »

Hier danseur pour Hofesh Shechter, Damien Jalet et Olivier Dubois, Edouard Hue est en passe de rentrer dans la cour des chorégraphes de renom. Pour assouvir sa quête d’indépendance et développer son propre langage, le jeune homme fonde sa propre compagnie, Beaver Dam Company, en 2014. Avec, il fait vibrer l’air et invite les spectateurs dans une transe collective, le temps de ballets résolument contemporains, organiques, énergiques et poétiques. Son dernier en date, Dive, nous plonge dans le corps humain à la recherche de la source de l’instinct : le pilier de son travail. 

Edouard Hue lors de notre entretien à La Scala, Paris © Benoit Gaboriaud

Pour en parler, nous sommes allés à sa rencontre à La Scala où il présente Dive jusqu’au 27 janvier 2024, un an tout juste après y avoir dévoilé Shiver et All I need, deux pièces vivifiantes.

Dive – Edouard Hue – Bande annonce

Votre nouvelle pièce s’intitule Dive qui signifie plonger en anglais, mais dans quel élément proposez-vous au spectateur de plonger ?

Edouard Hue : « J’invite le spectateur à plonger dans le corps humain. Depuis une dizaine d’années, j’écris les mouvements en studio, à l’instinct. Dans la vie, au quotidien, je danse de manière très instinctive, il m’a donc semblé logique d’écrire une pièce sur l’instinct. J’ai fait quelques recherches et je me suis rendu compte que ce phénomène reste encore très abstrait. Pour essayer de le comprendre, j’ai décidé de plonger à l’intérieur de moi et d’écouter littéralement mon corps. Pour cela, je me suis rendu à l’IRCAM qui m’a ouvert les portes d’une chambre anéchoïque dans laquelle quasiment toutes les ondes sonores provenant de l’extérieur sont coupées. Au bout d’un moment, j’ai eu la sensation qu’une ville en pleine effervescence existait à l’intérieur de moi, comme dans le dessin animé Il était une fois… la Vie ». 

Dive d’Edouard Hue © Zoé Dumont

Y a-t-il aussi une dimension autobiographique dans Dive ?

Edouard Hue : « Oui. Le spectateur plonge en moi, dans le sens où cette pièce me ressemble, mais il ne s’agit absolument pas d’un récit linéaire qui raconte ma vie. Il y a cette idée de plonger dans son reflet quand on se regarde dans le miroir le matin, au lever, d’aller à sa rencontre et au-delà de cette image que l’on voit dans la glace ». 

Qui dit instinct, dit improvisation, quelle part lui accordez-vous dans votre travail ?

Edouard Hue : « L’improvisation est présente au moment de la création. J’écris suite à ce que j’ai pu improviser seul en studio, mais au final, la pièce est réglée comme du papier à musique et ne laisse que très peu de place à l’improvisation pendant la représentation. Pendant le processus de création et les recherches, j’offre la possibilité aux danseurs de s’approprier certains solos, en suivant mes intentions. Ensuite, je crée des structures et des chorégraphies. Enfin, au moment de la représentation, j’encourage les interprètes à improviser dans la chorégraphie. Je souhaite qu’il en émane un sentiment de liberté instinctif et que le spectateur puisse saisir la personnalité de chacun, pas seulement la mienne. L’objectif est que nous nous rejoignions tous au même endroit. Le challenge est paradoxal. Les danseurs doivent autant remettre en cause la chorégraphie que l’interpréter justement ». 

Dive d’Edouard Hue © Zoé Dumont

Dans cette pièce, la bande sonore est spécifique, vous l’avez imaginée avec le compositeur Jonathan Soucasse, avec qui vous avez travaillé précédemment pour Shiver et All I need. Pour Dive, quelle était l’intention ?

Edouard Hue : « Au début, je voulais qu’on entende le corps. Jonathan Soucasse a composé des brouillons à partir de bruits de bouches et des sons que le corps peut produire en surface. Comme pour la chorégraphie, nous sommes partis de rien, mais au fil du temps, sur scène, tout s’emballe. Je souhaitais que le spectateur ne se rende pas vraiment compte du moment où ça commence, du moment où il bascule de l’autre côté du miroir ».

Dive d’Edouard Hue © Zoé Dumont

Dive à la Scala, Paris, jusqu’au 27 février 2024.
Chorégraphie : Edouard Hue – Musique : Jonathan Soucasse. Avec : Alison Adnet, Alfredo Gottardi, Jaewon Jung, Tilouna Morel, Rafaël Sauzet, Angélique Spiliopoulos et Mauricio Zuniga.