275 œuvres, 34 salles et 104 prêteurs… La Fondation Louis Vuitton consacre une sublime et poignante rétrospective à Gerhard Richter : sans doute l’une de ses plus belles expositions depuis son ouverture en 2014 !

Portraits intimistes, femmes allaitant, miroirs, mosaïques et lignes colorées, toiles abstraites éclatantes, évocations de l’Holocauste ou du 11 septembre 2001 à New York… la rétrospective Gerhard Richter déploie tous les thèmes et les facettes du travail fascinant de l’artiste allemand, né à Dresde en 1932. Tout au long du parcours, tout se répond et se superpose. Ses peintures d’après photographie, son exploration de l’abstraction et ses œuvres sur papier se côtoient de salle en salle, révélant à quel point l’artiste n’a cessé, tout au long de sa carrière, de passer de l’un à l’autre avec une cohérence aussi déroutante que magistrale. Voici trois toiles qui, à elles trois, sont particulièrement évocatrices de son œuvre.
Gerhard Richter, Lesende (1994)

Dans cette peinture hyperréaliste mais légèrement floue, emblématique d’une partie de son œuvre, l’artiste saisit une scène du quotidien à la manière de Vermeer — sans en avoir pleinement conscience au moment de la création. Il reconnaîtra plus tard que cette toile fait effectivement écho au travail du peintre hollandais. Il y représentait tout simplement sa nouvelle compagne, Sabine Moritz, isolée et absorbée par sa lecture : une activité profondément intime !
Gerhard Richter, September (2005)

À première vue, on distingue à peine la scène : les tours du World Trade Center frappées par un avion. Richter, qui avait d’abord tenté de peindre le drame de manière figurative à partir d’une photographie de presse, a ensuite estompé, gratté et brouillé la surface du tableau, comme pour effacer ou brouiller cette image choquante tant montrée. Le résultat abstrait traduit aussi l’impossibilité de représenter l’horreur mais témoigne aussi de la puissance de la mémoire visuelle collective.
Gerhard Richter, Birkenau (2014)

Réalisée en 2014, la série de quatre Birkenau constitue l’une des œuvres les plus bouleversantes et conceptuelles de Gerhard Richter. Elle se compose de quatre grandes toiles abstraites, dérivées de photographies clandestines prises en 1944 dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par un membre du Sonderkommando. Richter avait d’abord entrepris de transposer ces images en peinture figurative, avant de se heurter à l’impossibilité morale et esthétique de représenter directement l’horreur. Il a alors recouvert les images sous des couches successives de peinture, de raclage et d’effacement, jusqu’à ce qu’il ne subsiste qu’une surface d’abstraction pure — chaotique, faite de strates de couleurs mêlant gris, vert, rouge et noir. Ce geste d’effacement devient ici un acte de mémoire engagé : ne rien montrer, pour ne pas trahir.
Exposition Gerhard Richter, à la Fondation Louis Vuitton, jusqu’au 2 mars 2026.
Pour en savoir plus sur l’exposition, découvrez notre balade photographique ci-dessous, bonne visite !










