Faut-il voir Bérénice avec Isabelle Huppert ?

Le théâtre de la ville de Paris met en lumière Bérénice sous les projecteurs de Romeo Castellucci, dirigés vers Isabelle Huppert. Une version expérimentale très attendue. Verdict ! 

Bérénice © Jean-Michel Blasco

Au théâtre de la ville de Paris, Romeo Castellucci revisite le classique de Racine Bérénice. Que dis-je ! Le plasticien italien mais aussi homme de théâtre en fait une installation expérimentale, belle mais avouons-le un brin ennuyeuse et prétentieuse ! A ceux qui souhaitent découvrir la pièce pour la première fois : passez votre chemin. Cette création s’adresse à un public averti. Le metteur en scène semble même se désintéresser du texte, l’ayant rendu parfois inaudible ! Où sont passés les 1506 célèbres alexandrins ? Pour une bonne partie, à la trappe. Romeo Castellucci s’est uniquement consacré au jeu de Bérénice qu’il a offert à Isabelle Huppert. Une évidence ! Cette Bérénice évoque tellement la Mary Stuart de Mary said what she said, à tous points de vue. Cette expérience théâtrale est tout aussi belle et poétique mais trop confuse. Certes la musique électroacoustique de Scott Gibbons est enivrante, intrigante et percutante. Certes les costumes de Iris van Herpen sont magnifiques, mais on ne comprend rien, ou presque, de ce qui se déroule devant nos yeux. Certaines scènes virent même au gag – Isabelle Huppert s’adressant à un radiateur puis à une machine à laver-, volontaire ? D’autres provoquent la gène, comme celle interminable où l’actrice attend sur scène, on ne sait quoi ! Des applaudissements ? Est-ce la fin ? Romeo Castellucci brouille les pistes, sème le trouble dans le fil narratif et tient le spectateur à distance, avec un gigantesque voile disposé entre le public et la scène. Malgré tout, il restera de cet ennui de belles images vaporeuses et énigmatiques !

Bérénice © Alex Majoli

Bérénice d’après Jean Racine. Une création de Romeo Castellucci. Avec Isabelle Huppert. Au théâtre de la ville de Paris jusqu’au 28 mars 2024.