Interview. Clio : « L’horizon n’était pas vraiment dégagé du coup, j’en ai fabriqué de nouveaux »

L’amour ! Source inépuisable d’inspiration pour Clio. L’artiste installée à Besançon revient avec un troisième album « L’amour hélas » qui se situe dans la lignée électro-mélancolique de son précédent « Déjà Venise ». Nous avons eu l’occasion d’en parler avec elle, tout comme d’Iggy Pop, de confinement et d’Eric Rohmer !

« Elle voudrait » extrait du troisième album de Clio « L’Amour hélas »

Ce troisième album se situe clairement dans la lignée de votre précédent « Déjà Venise ». Est-ce que cela veut dire que vous avez trouvé votre style ou est-ce que vous allez continuer à faire évoluer votre musique ?

Clio : « Les deux à la fois. J’ai trouvé mes marques sur le deuxième album car j’ai passé beaucoup de temps à chercher où je voulais aller. Ce troisième disque va effectivement dans la même direction, c’est un choix qui correspond à mes goûts et mes envies. Ceci dit, rien n’est figé ! J’ai besoin d’évoluer mais les lignes directrices sont désormais posées ».

Clio ©Mélanie Elbaz

Vous laissez aussi davantage de place à la voix.

Clio : « Ma voix va désormais chercher davantage dans les graves et les aigus. C’est une question de composition. Pour écrire ce disque, je me suis isolée. Je n’avais pas de voisin. J’avais moins peur de gêner tout le monde en chantant, du coup je me suis davantage laissée aller [rires]. Avant, j’écrivais mes chansons presque en chuchotant dans un coin de mon petit appartement. C’est tout bête mais ça a dû jouer pas mal ».

« L’amour hélas », le troisième album de Clio

Cet album s’appelle « L’amour hélas ». C’est aussi le titre de la dernière chanson de l’album. Vos textes tournent beaucoup autour de l’amour et on a l’impression que vous vous justifiez dans cette dernière chanson.

Clio : « Je me justifie sans vraiment être désolée, je continue à faire ce que je veux. C’est une façon de terminer le disque et de conclure son propos. D’un côte, je me dis que ça serait bien de changer un peu et de raconter autre chose, mais en même temps, je ne sais pas trop le faire et je n’essaie pas vraiment non plus ».

En tout cas, vous parlez bien d’amour et même presque d’avantage de fuite ou d’absence. Il s’agit souvent de rendez-vous manqués dans vos chansons.

Clio : « Mes chansons ne sont pas forcément des histoires d’amour mais plus des chansons entre des gens qui sont soit pas là, pas encore là ou plus là. Il n’y a que dans la chanson « L’appartement » où ils sont là tous les deux et où ils sont contraints d’être là [rires] ».

« L’appartement » extrait du troisième album de Clio « L’amour hélas »

Vous avez justement osé inviter Iggy Pop à poser sa voix sur le duo « L’appartement ».  Comment s’est fait ce choix, cette rencontre ?

Clio : « Cette histoire me paraît toujours irréelle. Ça a été tellement simple que ça manque de paillettes dans le récit. J’ai juste écrit ce duo pour lequel j’imaginais une voix masculine très grave avec un accent anglais. Ne me demandez pas pourquoi [rires]. En réécoutant l’album d’Iggy Pop dans lequel il chante en français, je me suis dit que c’était exactement cette voix que j’imaginais. Mon manageur a le premier pensé qu’il fallait tenter le coup. On lui a envoyé la chanson, en se disant, on verra bien. C’est la voix rêvée pour ce titre, alors pourquoi pas tenter. Elle est bien arrivée jusqu’à ses oreilles. Il a répondu très vite qu’il aimait la chanson, qu’il était d’accord et qu’il allait même l’enregistrer quelques semaines plus tard dans son studio. Il nous a tous scotchés ! Ça m’a énormément touché ».

Clio ©Mélanie Elbaz

On vous sent proche de l’univers d’Eric Rohmer. Vous lui avez dédié une chanson dans votre premier album. Son œuvre vous inspire ?

Clio : « Si je tombe sur un film d’Eric Rohmer, je ne peux pas l’arrêter, je suis toujours happée par ses films. Je les connais presque tous par cœur. Les conversions entre les gens qu’on peut y entendre me passionnent. Il s’agit souvent de petites histoires d’amour qui ne sont jamais très importantes, il n’y a jamais un enjeu immense dans ses films, c’est ce qui me plaît, voir des gens parler de leurs histoires amoureuses plus que de les voir les vivre. C’est ce que je trouve très beau dans ses films ».

La mélancolie fait partie intégrante de vos albums, vous semblez l’assumer totalement.

Clio : « La mélancolie fait partie de moi, de mes journées. Ce n’est pas du tout une tristesse profonde, c’est juste un état passager et réconfortant. Pour écrire, la mélancolie est l’état idéal. J’aime bien le contraste entre les textes pas forcément joyeux et une musique plus lumineuse, cela rend les choses plus intenses. Si mes chansons mélancoliques étaient accompagnées d’un piano mélancolique je pense qu’elles deviendraient très lourdes. La musique permet d’amener beaucoup de légèreté à mes textes. Je suis davantage pour la légèreté ».

« Ais-je perdu le nord ? » extrait du troisième album de Clio « L’amour hélas »

« Ai-je perdu le nord – Il y a plus personne nulle part – Est-ce que tout le monde est sourd – Est-ce que tout le monde est mort – Il y a plus personne autour – Ai-je perdu le nord – Il y a plus personne nulle part ». Le refrain de « Ai-je perdu le nord ? » évoque le premier confinement mais ce n’est pas vraiment le cas, n’est-ce pas ?

Clio : « Et non, pas du tout. La chanson a été composée avant, je l’ai même chantée à la Cigale quelques jours avant. Le refrain prend aujourd’hui effectivement un sens totalement nouveau. Pour moi, ce confinement n’as pas forcément été très calme puisque j’ai deux petits garçons à la maison. Les parents avec de jeunes enfants n’étaient pas les plus tranquilles. Mais le fait d’être un peu dans un îlot fermé a très bien fonctionné pour moi. J’ai traversé cette période en écrivant vraiment beaucoup à chaque petits moments dont je disposais. L’horizon n’était pas vraiment dégagé du coup, j’en ai fabriqué de nouveaux ».

« L’amour hélas », le troisième album de Clio

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