Pour son premier roman graphique intitulé Abîmes, Lucile Corbeille plonge le lecteur dans son histoire familiale avec délicatesse, se révélant à nous à la manière d’un Polaroid qui se développe : onirique et touchant.

Photographe, chorégraphe et comédienne, l’artiste pluridisciplinaire Lucile Corbeille dévoile Abîmes, un premier roman graphique sur la transmission des traumatismes. À la suite du décès de son père, une jeune mère de famille part à la recherche d’une photographie d’enfance dans laquelle elle apparaît en robe bleue, mais pas n’importe laquelle : celle que lui avait donnée sa mère, qui l’avait elle-même reçue de la sienne. Cette quête du cliché n’est cependant qu’un prétexte pour tenter d’exhumer des blessures enfouies et des secrets oubliés. Dans cette œuvre hybride mêlant journal intime, autofiction et entretiens, Lucile Corbeille explore les méandres de la mémoire familiale et les blessures transgénérationnelles avec poésie.

Beau, l’album se distingue par son esthétisme évanescent et singulier, mélange d’aquarelle et de photographie, qui confère au récit une part énigmatique et troublante. Certains détails, notamment des visages, semblent avoir été effacés par le temps, comme une métaphore des années qui s’écoulent et qui empotent avec elles les souvenirs. L’héroïne va les réveiller.
Abîmes – Scénario et dessin : Lucile Corbeille – Pages : 176 – Prix : 23,75 € – Editeur : Delcourt Collection Mirages.



