Une version féministe de Carmen signée Julien Lestel

Exercice périlleux  ! Fasciné par le sacrifice de sa vie sur l’autel de la liberté, le chorégraphe Julien Lestel revisite Carmen, l’Opéra le plus joué au monde, avec dix interprètes, et il s’en sort plutôt bien.

Carmen de Julien Lestel

« Pour moi, Carmen, c’était avant tout une histoire de désir et de mort. Je suis parti de mon désir  de tuer la mort », précise Julien Lestel. Avec fougue, le chorégraphe s’empare de l’opéra-comique mythique et en livre une version singulière et condensée de 1 h 10, soit un ballet hétérogène composé de tableaux variés, parfois sublimes et émouvants. Mais en se dispersant, Julien Lestel a du mal à se distinguer et à montrer ce qui fait sa patte. Il mêle ici danse classique, moderne, tribale et urbaine, comme pour séduire un large public.

Carmen de Julien Lestel © Ann Ray

Pour autant, son Carmen ne manque pas de scènes flamboyantes, portées par la partition de Georges Bizet, les percussions de Shchedrin et une création musicale contemporaine d’Iván Julliard. Plus universelle et actuelle que l’originale, son héroïne en soif de liberté se fait curieusement voler la vedette par les hommes. Maxence Chippaux (Don José) et Titouan Bongini (magistral en Escamillo) exécutent chacun un solo sculptural puis ensemble un duo puissant et fiévreux, reléguant alors au second plan la femme fatale (Mara Whittington), jusqu’au final tragique : un poignant écho aux féminicides actuels qui résultent du silence « complice » de l’entourage. En ce point, Julien Lestel frappe fort, mais pour la bonne cause. 

Carmen de Julien Lestel © Ann Ray

Carmen de Julien Lestel au Théâtre libre, à Paris, jusqu’au 20 avril 2025.