Une étrange Médée sous l’emprise du patriarcat débarque à l’Opéra Comique

Oscillant entre opéra et théâtre, la Médée de Luigi Cherubini et François-Benoît Hoffman, revisitée par Marie-Ève Signeyrole, propose une relecture troublante du mythe, soutenue par la direction flamboyante de Laurence Equilbey !

Médée – Les extraits

Véritable serial-killer des temps anciens, Médée est-elle défendable ? C’est la question que pose la Médée de Luigi Cherubini et François-Benoît Hoffman, créée en 1797, et aujourd’hui revisitée par la metteuse en scène Marie-Ève Signeyrole. Fille du roi de Colchide (actuelle Géorgie), ce personnage de la mythologie grecque a quand même tué son frère, commis un double infanticide et assassiné la nouvelle femme de son ex-mari, Jason ! Même si elle avoue que : « J’aurais tellement aimé que quelqu’un arrête mon geste », phrase projetée sur les murs de la scène, elle n’en reste pas moins une meurtrière !

Médée © S. Brion

Pour expliquer son geste, et non l’excuser, Marie-Ève Signeyrole la présente sous l’emprise du patriarcat et use d’effets vidéo filmés en direct ou non, permettant ainsi à l’intrigue de se déployer au-delà des planches, et donc d’une manière cinématographique. Pour moderniser le propos, elle fait aussi un parallèle entre le mythe et une femme contemporaine emprisonnée, souffrant du syndrome de Médée. Bonne idée !

Médée © S. Brion

Par contre, le récit, pendant des siècles raconté uniquement par des hommes (Sénèque, Corneille ou encore Anouilh) mais aujourd’hui par des autrices comme Christa Wolf, se concentre ici uniquement sur la répudiation de Médée par Jason, les noces de celui-ci avec Dircé (fille de Créon, lui-même roi de Corinthe), puis du massacre de Médée. Le vol de la toison d’or, entre autres, n’est qu’à peine abordé. Avant de découvrir cette adaptation qui souffre de quelques répétitions et longueurs, il est donc préférable de se (re)plonger dans la tragédie grecque originelle signée Euripide, pour bien comprendre la haine qui anime cette exilée qui a tout abandonné pour son mari peu reconnaissant mais soutenu par la société : sa richesse, sa famille et ses terres. Alors Médée, l’étrangère : monstre égoïste et sans cœur ou victime désemparée et désespérée ? Cette œuvre pleine de nuances interroge intelligemment à l’heure de #metoo et aborde le thème de l’immigration avec finesse !  

Médée à l’Opéra Comique, Paris, jusqu’au 16 février 2025.
Tout le casting sur le site officiel : https://www.opera-comique.com/fr/spectacles/medee