INTERVIEW. Louison : « Marilyn est un miroir déformant, car c’est à la fois amusant et effrayant ! »

Source inépuisable d’inspiration, Marilyn Monroe a suscité bien des fantasmes en tous genres et fait couler beaucoup d’encre. Pour écrire son histoire, le rouge sanguin s’impose mais pour la représenter, Louison a préféré un bleu froid presque mortuaire. Et pour cause, l’auteure et dessinatrice de presse a choisi d’adapter en BD « Marilyn, dernières séances » du psychanalyste Michel Schneider. Le célèbre roman relate la relation complexe et improbable entre l’icône d’Hollywood et le fameux psychanalyste des stars, et surtout laisse entrevoir Norma Jeanne Baker quelques jours avant sa mort !

Fille de psychanalystes et elle-même patiente depuis l’enfance, Louison s’est lancée dans ce projet comme une évidence.

Louison lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud

En deux mots comment définirais-tu Marilyn Monroe ?

Louison : « Pour moi, Marilyn est un miroir déformant. Comme tout miroir déformant, on ne peut pas s’empêcher de regarder dedans parce que c’est à la fois amusant et effrayant ! »

Qu’est ce qui t’as plu chez Marilyn ?

Louison : « Je suis une patiente depuis très longtemps, depuis l’enfance. Mes deux parents sont psychanalystes, mes deux grands-parents étaient psychiatres, ma sœur aussi. Mes parents travaillent chez eux. La pièce où ils reçoivent leurs patients est une pièce comme une autre. Je suis donc allée vers Marilyn, et ses rendez-vous avec la psychanalyse, tout naturellement. »

Marilyn dernières séances de Louison © Futuropolis

Comment t’es-tu lancée dans ce projet, l’adaptation en BD du roman de Michel Schneider « Marilyn, dernières séances » ?

Louison : « J’ai lu le livre de Michel Schneider, il y a dix ans. J’avais trouvé ça formidable comme source d’information sur Marilyn en tant que patiente. Puis, à un moment de ma vie où je pataugeais, Marilyn commençait à être de plus en plus présente en moi. Chez ma psy, alors que je racontais où j’en étais, j’évoque Marylin ! Je lui parle de l’envie d’adapter le livre de Schneider qu’elle avait lu. Elle connaît bien Schneider aussi. Elle me propose alors de me concentrer sur ce projet. Moi, j’écoute tout ce qu’on me dit [rires]. Du coup, je contacte Schneider et je lui explique mon idée tout en lui avouant que je n’ai jamais fait d’adaptation mais que j’en ai très envie. Il a été charmant, compréhensif, curieux… bref totalement enthousiasmé ! Ensuite, tout s’est fait très vite ! Je n’avais jamais fait ça, il a fallu que je tombe sur des gens de confiance, aussi fous que moi pour se lancer dans ce projet [rires]. »

Marilyn dernières séances de Louison © Futuropolis

Ton album se concentre sur la fin de Marilyn et sa relation avec son psychanalyste, pourquoi t’es-tu consacrée uniquement à cette période ?

Louison : « Le livre de Schneider couvre effectivement les trente derniers mois de Marilyn, mais il y a de très nombreux flashbacks. Le roman est très exhaustif, je me suis surtout demandée ce que j’allais sélectionner dans ces 530 pages. Il y a des passages sur Marilyn à 35 ans, sur son enfance, sur comment elle a été trimballée de maison en maison, sur son histoire avec Montand, son mariage, sa relation amicale avec Truman Capote… Au tout début, quand j’ai commencé à griffonner un début de storyboard, je pensais prendre une scène où Marilyn est à un enterrement avec Capote. Elle lui confie : « Il faut que je fasse mes racines ». Capote lui répond : « Je pensais que tu étais une vraie blonde », à quoi elle rétorque : « Personne n’est blonde comme ça et je t’emmerde ». Je trouvais ça génial comme début mais finalement je ne l’ai pas gardée. Je me suis mise naturellement dans la peau du thérapeute Greenson et j’ai commencé le récit à la première personne, ce qui n’est pas du tout le cas dans le livre de Schneider. Cela m’a permis d’apporter un nouvel angle au récit, celui du thérapeute et de comprendre comment il sombre avec elle. Il ne s’en est pas bien remis. »

Marilyn Monroe est une icône absolue du glamour, comment as-tu travaillé pour la dessiner ?

Louison : « J’ai regardé beaucoup de photos. Ce qui m’a frappé, c’est qu’elle n’a jamais deux fois la même tête. Elle change quand elle est enceinte, quand elle a grossi, quand elle est défoncée, quand elle a fait de la chirurgie… elle a en réalité un visage beaucoup plus vivant et mouvant que celui qu’elle montrait au cinéma. Je l’ai vraiment dessinée comme un être incarné avec l’épaule qui tombe un peu… je l’ai faite parfois monstrueuse, parfois très belle ou parfois perdue. Son visage était incroyablement expressif. Par contre dans la BD, ses mains sont les miennes, c’était plus facile pour moi. »

Marilyn dernières séances de Louison © Futuropolis

On aurait facilement imaginé Marilyn en rose et rouge, mais finalement tu as choisi pour cet album le bleu, le blanc et le noir, pourquoi ?

Louison : « Le rose et le rouge, c’était exactement la première envie que j’avais. Quand Schneider m’a dit ok, il m’a aussi demandé comment j’allais la dessiner car avant j’avais dessiné François Holland, j’avais proposé à Grazia de fournir une chronique hebdomadaire sur les coulisses de l’Élysée. Il ne voyait pas trop le lien. Je voulais alors des couleurs évanescentes, des sanguines, du corail, des couleurs chaudes. Tout l’été, je me suis concentrée là-dessus mais au final ça ne me parlait pas. J’ai finalement opté pour un bleu très froid, je voulais qu’il ressemble à ce bleu qu’on a sous les ongles quand on a très froid. Je voulais que la mort infuse qu’on sente cette spirale infernale dans laquelle Marilyn et Greenson se sont projetés. C’est la fin de Marilyn, il n’était plus question de montrer la chair ! »

Il y a beaucoup à dire sur Marilyn, aimerais-tu lui consacrer un autre album ?

Louison : « Peut-être ! Je comprends Greenson. J’ai eu du mal à la lâcher. Quand je réalisais le storyboard, je n’arrêtais pas de me dire « Allez, encore 16 pages et j’arrête ». En tout cas, j’ai envie de me consacrer à d’autres adaptations. On m’a suggéré la Callas. »

Marilyn dernières séances – Scénario et dessin : Louison, d’après le livre de Michel Schneider – Pages : 224 – Prix : 26 € – Editeur : Futuropolis