INTERVIEW. Foé : « Aujourd’hui, on peut se permettre de mixer du synthétique et de l’organique, du vrai et du faux »

Quatre ans après « Îl », Foé revient avec « Paradis d’or », un disque attrape-cœur porté par des envolées lyriques et une orchestration flamboyante. Nicolas Poyet, de son vrai nom, renoue avec un romantisme très 70’s et l’album-concept, qui lui a été inspiré par « An Awesome Wave » d’alt-J. Rétro-contemporain, ce recueil de 16 titres intimistes, dans l’écriture, célèbre la chanson française et l’amour dans toute sa splendeur.

Pour approcher de plus près ce « Paradis d’or », nous sommes partis à la rencontre de son créateur, Foé.

Foé lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud

« Paradis d’or » est porté par des envolées lyriques et une orchestration flamboyante, à contre-courant de ce qui se fait actuellement ! Comment s’est fait ce choix ?

Foé : « A la suite d’un premier album, on fait forcément des conclusions, on regarde ce qui a fonctionné ou pas. J’ai eu de bons retours sur la chanson « Nuria » faite d’envolées lyriques. Je me suis nourri de tous ces retours et j’ai voulu proposer un album beaucoup plus chanté, aussi parce que j’écoute davantage de chanson française, ce que je ne faisais pas avant le premier album. Depuis, j’ai écouté Barbara, Léo Ferré ou Michel Berger, des artistes qui ont des tessitures particulières. Je suis fan de « Les Mots bleus » de Christophe. A l’époque de ces artistes-là, il y avait un goût très prononcé pour l’orchestration et les arrangements. Ça m’a énormément inspiré pour cet album. Ce qui me plait le plus dans la musique, c’est vraiment la composition, au-delà du texte. Si j’avais enregistré cet album dans les années 70, je crois que je n’aurais pas dénoté. »

« Lemonade » extrait de « Paradis d’or », le deuxième album de Foé

« Paradis d’or » est empreint d’un grand romantisme. Avais-tu envie de le remettre au goût du jour ?

Foé : « Je ne pense pas avoir cette volonté-là. Mon cerveau fonctionne de manière assez binaire [rires]. Mais, ça me va ! Je trouve que dans la simplicité, il y a de l’honnêteté. Dans le premier album, je parlais des autres, dans celui-ci, je parle de moi, de ma relation amoureuse. Au début, je me suis demandé si ce n’était pas un peu cucul de parler d’amour. Tout le monde le fait, mais là j’y mets toute mon âme. Inconsciemment sûrement, je défends le romantisme et l’onirisme. Je partage cette implication avec d’autres. Chad Boccara, mon producteur, a écrit quelques textes, Valentin Marceau, qui a réalisé l’album, en a écrit une aussi, et Lise, ma copine, m’a aidé à écrire « Je brûle ». »

Plus qu’un enchaînement de singles, « Paradis d’or » est vraiment construit comme un album à part entière. As-tu envie de défendre le concept d’album ?

Foé : « J’ai une chance énorme de pouvoir faire un second album. Je voulais construire quelque chose autour de l’amour, de ma relation amoureuse que je vis au jour le jour. On habite ensemble. Il fallait retrouver cette continuité dans l’album. La dernière chanson de l’album se termine par l’intro de la première, tout recommence ! C’était vraiment important de construire l’album de cette façon-là. En ce sens, « An Awesome Wave » d’alt-J m’a beaucoup inspiré. »

« Le temps court » extrait de « Paradis d’or », le deuxième album de Foé

Le piano est omniprésent dans « Paradis d’or », quel est le lien entre toi et cet instrument ?

Foé : « J’ai commencé le piano à l’âge de huit ans, par la contrainte ! C’est la guitare qui m’a donné goût à la musique. Quand j’ai rencontré Chad, il m’a dit qu’il préférait mes chansons au piano. Donc, retour au piano [rires] ! Sur cet album, j’ai quand même deux chansons à la guitare. »

L’album est très riche, il y a même des chœurs.

Foé : « Nous avons enregistré les chœurs en studio à quatre ou cinq seulement. Nous faisions des rotations ! Chacun enregistrait sa partie puis changeait de place, un peu plus loin dans la pièce, et enregistrait de nouveau. Au final, ça fait un chœur. C’était très sympa à réaliser. Aujourd’hui, on peut se permettre de mixer du synthétique et de l’organique, du vrai et du faux, ça a été un peu pareil avec le violoncelle. »

Foé lors de notre rencontre © Benoit Gaboriaud

Dans la chanson « Vida Loca », tu parles du chamboulement que la musique a créé dans ta vie, mais tu avoue aussi avoir été un peu déprimé avant qu’elle ne rentre vraiment dans ta vie.

Foé : « Complètement ! Au lycée, mon groupe de rock s’est quasiment arrêté. Je me suis retrouvé dans un cursus qui ne me parlait pas vraiment. Je faisais un IUT Génie Mécanique et Productique alors que j’avais absolument envie de faire de la musique, mais je ne savais pas par où commencer. Tout allait bien autour de moi mais je ne me sentais pas à ma place. Pour un jeune adulte, au moment où tu te construis, je crois que c’est assez dure. Je ne sais pas si on pouvait parler de dépression, mais de mal être oui. Le fait d’avoir rencontré Chad Boccara, mon producteur, et d’avoir pu faire un album m’a permis de me sortir de cette période sombre. »

A l’époque, le Président Hollande a confié, sur un plateau de télévision, avoir un vrai attrait pour le morceau « Alors Lise », du coup as-tu écrit une chanson pour Emmanuel Macron ?

Foé : « [rires] Non ! Mais c’était cool, ça a été un beau coup de projecteur. »

Paradis d’or, le second album de Foé