Avec Ces lignes qui tracent mon corps, Mansoureh Kamari livre un témoignage courageux et sensible sur l’oppression des femmes en Iran.

Réfugiée politique iranienne vivant à Paris, Mansoureh Kamari s’est libérée du poids des tyrans iraniens grâce à l’art — aussi bien en tant qu’artiste que comme modèle nu. Ce corps longtemps réprimé et violenté, la dessinatrice lui rend justice dans Ces lignes qui tracent mon corps, son premier album de bande dessinée. Un acte d’autant plus courageux qu’en Iran, selon la loi islamique, le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants et ne peut donc être poursuivi pénalement s’il s’en prend à eux. Ainsi, l’autrice a grandi dans la peur, ne trouvant même pas le repos dans le sommeil, de crainte d’être dévorée par son angoisse. À neuf ans, la voici déjà voilée et considérée comme adulte — c’est-à-dire condamnable au moindre faux pas ne convenant pas aux hommes que les femmes lui apprennent à servir à l’école. Point de sonorité !

Oscillant entre ses poses à Paris et ses souvenirs d’enfance et d’adolescence sous le joug masculin, le récit raconte une triste réalité, un enfer quotidien qui ravage toute une société, mais avec une douceur et une poésie qui n’édulcorent pourtant en rien la violence du propos — à l’instar de cette inscription, « Traînée », joliment calligraphiée en persan sur la couverture. Avec une grande finesse, Mansoureh Kamari se fait la porte-parole de toutes les victimes du régime des mollahs et fait du dessin un acte de résistance et d’émancipation puissant.
Ces lignes qui tracent mon corps – Scénario et dessin : Mansoureh Kamari – Pages : 192 – Prix : 24 € – Editeur : Casterman



